Société
Et si on reconstruisait le sein pendant l’ablation, plutôt que d’attendre deux ans
Une étude clinique démarre cet automne dans dix-huit hôpitaux français pour tester la reconstruction mammaire dans le même temps que le retrait du sein…


Une étude clinique démarre cet automne dans dix-huit hôpitaux français pour tester la reconstruction mammaire dans le même temps que le retrait du sein, chez des femmes atteintes d’un cancer inflammatoire. Aujourd’hui, ces patientes doivent patienter des mois, parfois des années, avec de lourdes conséquences sur la façon dont elles se regardent.
Changer le quotidien de femmes frappées par une forme rare et virulente de cancer du sein. Voilà l’ambition d’une étude clinique lancée cet automne dans dix-huit centres hospitaliers, portée par Charlotte Vaysse, onco-chirurgienne au CHU de Toulouse. L’idée est simple à énoncer, délicate à mener. Permettre à des patientes touchées par un cancer du sein inflammatoire, le CSI, de reconstruire leur poitrine au moment même où les chirurgiens retirent la totalité du sein. Trois ans d’observation, cent soixante-trois femmes suivies.
Jusqu’ici, ces patientes n’avaient guère le choix. Leur reconstruction devait attendre, souvent un à deux ans. La raison tient à la nature de la maladie. Un cancer inflammatoire s’accompagne d’une peau rouge, parfois d’un œdème. On a longtemps estimé que cette peau malade ne pouvait pas être préservée. Mais les traitements ont changé la donne. Désormais, le pronostic dépend davantage de la réponse au premier traitement systémique que du geste chirurgical lui-même. Certaines femmes répondent si bien que leur peau retrouve un aspect normal. D’où leur incompréhension face à l’attente imposée. Le CSI ne concerne que 2 à 4 % des cancers du sein, une minorité qui pèse pourtant très lourd.
Pendant l’opération, ce que l’on garde, c’est la peau. L’aréole et le mamelon aussi, quand l’emplacement de la tumeur le permet. La patiente se réveille avec un volume dans son soutien-gorge. Sans cette reconstruction immédiate, elle ouvrirait les yeux sur un hémithorax plat. Un détail ? Pas vraiment.
Elodie, 45 ans, a connu l’autre chemin. Son ablation remonte à mars 2024, et il a fallu attendre dix-huit mois pour une première reconstruction réalisée avec ses propres tissus. Une deuxième opération en mars, une troisième à venir. « J’aurais voulu pouvoir me réveiller de l’opération et être toujours plus ou moins moi-même », livre-t-elle. Les miroirs, elle les fuyait. Ceux de la salle de bain, tous les autres. Plus de cheveux, plus de sourcils. « On se retrouve amputées d’une part de notre féminité. » Chaque étape, même réparatrice, oblige à se réapproprier son corps.
Une autre patiente, âgée de 37 ans, n’était pas concernée par cette forme de cancer et a donc pu bénéficier d’une reconstruction immédiate. Elle se souvient de quarante-huit heures d’errance, persuadée à tort de ne pas y avoir droit. « J’ai pleuré pendant ces deux jours sans interruption. C’était horrible. » Pour Charlotte Vaysse, l’enjeu déborde largement la question esthétique. La reconstruction immédiate améliore la qualité de vie sur plusieurs plans, social, sexuel, psychologique, et consolide l’estime de soi. Une image positive de son corps, insiste-t-elle, joue aussi sur la maladie, sur le traitement et sur la guérison. Chaque année en France, un cancer du sein est diagnostiqué chez 61 000 personnes.
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