Faits Divers
Rachida Dati défend un mandat européen trop discret pour influencer
Soupçonnée d’avoir monnayé son mandat d’eurodéputée au profit de Renault-Nissan contre 900.000 euros, Rachida Dati joue une carte surprenante. Elle assure…


Soupçonnée d’avoir monnayé son mandat d’eurodéputée au profit de Renault-Nissan contre 900.000 euros, Rachida Dati joue une carte surprenante. Elle assure avoir été trop peu présente à Bruxelles pour peser sur quoi que ce soit.
Le parquet national financier en est persuadé. Entre octobre 2009 et février 2013, Rachida Dati aurait vendu son mandat d’eurodéputée aux intérêts de Renault-Nissan. Le constructeur lui versait alors 300.000 euros hors taxes chaque année, dans le cadre d’une convention d’honoraires, soit un total proche de 900.000 euros. Devant le tribunal, l’ancienne garde des Sceaux refuse pourtant cette lecture. Elle jure n’avoir jamais été placée en position de conflit d’intérêts et affirme que ses votes comme ses prises de parole sont toujours restés dans la ligne de son groupe politique.
Son argument central tient à sa faible implication à Bruxelles. Elle le répète sans détour, elle ne vivait pas sur place, n’y dormait pas, et se décrit comme une élue peu présente. Une défense à double tranchant, puisqu’elle revient à revendiquer un mandat quasi fantôme. Les témoignages recueillis pendant l’instruction confirment cette image. Des membres du Parlement européen ont décrit une eurodéputée rarement visible et peu investie dans les travaux. Sur les trois questions parlementaires liées à l’automobile retenues contre elle, Rachida Dati assure qu’elles ont été repérées, proposées et rédigées par ses assistants. Elle n’y touchait pas un mot, soutient-elle. Elle ajoute n’avoir jamais croisé un lobbyiste dans l’enceinte de l’institution pendant ces années, alors que ces rendez-vous sont pourtant considérés comme une part normale du travail d’eurodéputé.
Le dossier comprend aussi une note envoyée à Carlos Ghosn en juillet 2012. L’ancienne garde des Sceaux y pousse le patron de l’automobile, jugé en son absence et aujourd’hui installé au Liban hors de portée des justices française et japonaise, à prendre la tête du chantier sur la standardisation de la prise de recharge des véhicules électriques. Elle lui souffle des pistes, comme faire poser une question écrite par un député ou interpeller directement la Commission par courrier. Aux yeux de la présidente du tribunal, Claire Saas, ces recommandations ressemblent fort à des conseils de lobbying. Rachida Dati préfère parler de sensibilisation. Elle n’a pas influé, plaide-t-elle, elle a seulement fourni un mode d’emploi pour se faire entendre.
Un seul témoin a été cité à la barre. L’eurodéputé allemand Daniel Freund, spécialiste des questions de corruption, ne partage pas cette lecture. Nouer un contact, suggérer une stratégie, cela relève déjà du lobbying à ses yeux, et même de son essence. Il rappelle que l’échange d’arguments avec des représentants d’intérêts fait partie du fonctionnement de la démocratie représentative. Ce qui le gêne, c’est le moment où l’argent entre dans la discussion. Le procès doit se poursuivre jusqu’au 28 septembre.
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