Économie
Les entreprises françaises face à un budget encore flou et à un moral en berne
À quelques jours de la présentation du budget, les entreprises ne savent toujours pas ce qui les attend. Une incertitude qui vient se poser sur des…


À quelques jours de la présentation du budget, les entreprises ne savent toujours pas ce qui les attend. Une incertitude qui vient se poser sur des inquiétudes déjà bien installées quant à la santé économique du pays.
À l’approche de l’annonce, le monde de l’entreprise avance à tâtons. Personne ne sait vraiment ce que l’exécutif réserve aux sociétés, et ce brouillard se dépose sur une angoisse déjà bien ancrée. Le président du Medef, Patrick Martin, a trouvé une image parlante. Comme tous les agents économiques, y compris les ménages, on ne sait pas à quelle sauce on va être mangés, a-t-il résumé.
Le gouvernement avait pourtant tenté de rassurer. Dans une lettre adressée aux entrepreneurs de France, le Premier ministre Sébastien Lecornu a défendu une idée simple. On ne redresse pas durablement les comptes d’un pays en cassant son moteur économique, écrit-il. Il s’y engageait à alléger la surtaxe d’impôt sur les grandes entreprises, née avec le budget 2025 puis reconduite pour 2026. La facture devrait redescendre à cinq milliards d’euros, contre 7,3 milliards cette année. Autre promesse, la stabilité pour les aides à l’apprentissage, largement rabotées. Et le pacte Dutreil, qui offre un abattement de 75% sur les droits de transmission d’une entreprise à ses enfants, sera préservé.
Le chef du gouvernement a même annoncé un pacte Papin, du nom du ministre des PME Serge Papin, destiné à faciliter fiscalement la transmission d’une entreprise à ses salariés. Sur le reste, le flou domine. Pas d’impôt nouveau, promet-il, tout en laissant entendre que certaines niches fiscales ou sociales, et quelques aides aux entreprises, pourraient être réexaminées. Un soutien public que le débat évalue à 211 milliards d’euros par an, un chiffre issu d’un rapport du Sénat que le patronat conteste.
Les économistes lisent dans ces annonces une volonté d’épargner le tissu productif. Le gouvernement souhaite globalement ménager les entreprises, estime Sylvain Bersinger, du cabinet Bersingéco. Mais pour Anthony Morlet-Lavidalie, économiste chez Rexecode, rien n’est joué. Maintenir la surtaxe à son niveau actuel plutôt que de la baisser pourrait devenir une monnaie d’échange dans un compromis avec le Parti socialiste, afin de faire passer le budget à l’Assemblée. Il ne serait pas surpris que la note double, jusqu’à dix milliards. Les entreprises serviraient alors de variable d’ajustement pour la troisième année d’affilée. Elles ne votent pas, la population traverse une crise sociale, et peu de gens lèveront la main pour dire stop, redoute-t-il.
Ce qui préoccupe désormais le patronat, c’est aussi l’échéance présidentielle qui approche, dans six mois et demi. Lors des rencontres annuelles de l’U2P, son président Michel Picon n’a pas évoqué le budget, préférant soumettre une série de propositions aux futurs candidats. Il a surtout brossé un tableau sombre. Coût du carburant, niveau d’éducation en recul, croissance molle, chômage en hausse, dette lourde, défaillances d’entreprises, tensions géopolitiques. Il faut avoir un moral d’acier pour ne pas se laisser abattre, a-t-il lâché.
Les chiffres donnent raison à sa prudence. Le PIB a reculé de 0,2% au premier trimestre avant de stagner au deuxième. Le gouvernement a revu sa prévision de croissance à 0,5% pour l’année, loin du 1% espéré au départ, quand l’Insee et la Banque de France tablent plutôt sur 0,4%. Ce n’est pas la catastrophe, nuance Sylvain Bersinger, mais il y a des épées de Damoclès. Un choc pétrolier qui s’aggrave, une bulle de l’intelligence artificielle qui éclate, sans oublier l’incertitude liée à la présidentielle.
Patrick Martin, lui, s’agace d’un débat politique qui semble passer à côté de ces réalités. Il parle d’une discussion un peu hors sol, qui vient ajouter au stress ambiant. Et de lancer, avec une pointe d’exaspération, une question que beaucoup d’entrepreneurs se posent. Quand vont-ils enfin prendre conscience de la réalité de la situation ?
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