Sports
Sans oreillettes, le cyclisme a retrouvé le goût du chaos
La course en ligne des Mondiaux de Montréal a tenu ses promesses jusqu’au bout, avec un sacre de Brandon McNulty devant Michael Matthews et Mathieu van…


La course en ligne des Mondiaux de Montréal a tenu ses promesses jusqu’au bout, avec un sacre de Brandon McNulty devant Michael Matthews et Mathieu van der Poel. Un scénario débridé qui relance le vieux débat sur les oreillettes et leurs conséquences.
Brandon McNulty est devenu champion du monde sur les routes québécoises, résistant au retour des favoris dans les rues de Montréal. Il devient ainsi le troisième Américain à décrocher ce titre, après Greg LeMond en 1983 et Lance Armstrong en 1993. Derrière lui, l’Australien Michael Matthews prend l’argent et Mathieu van der Poel décroche le bronze. Le prodige français Paul Seixas, leader d’une équipe de France qui avait misé sur un rythme rapide dès le départ, a vu ses espoirs s’envoler dans le dernier tour et doit se contenter d’une quinzième place.
Ce qui a marqué les esprits, c’est surtout la manière. Pendant les 150 derniers kilomètres, aucun coureur n’a levé le pied, et les douze tours du circuit montréalais ont offert une bagarre permanente. Van der Poel himself a été distancé par moments avant de revenir à l’attaque à 52 kilomètres de l’arrivée, preuve que rien n’était écrit. Cette intensité, le Néerlandais l’attribue directement à l’absence d’oreillettes, obligatoire sur les Championnats du monde. « Courir sans oreillettes, c’est ce qu’il y a de mieux », a-t-il confié, expliquant préférer courir à l’instinct plutôt que sous les consignes permanentes des directeurs sportifs.
Car derrière ce feu d’artifice se cache une bataille de fond qui agite le cyclisme depuis des années. L’Union cycliste internationale avait interdit les oreillettes une première fois en 2018, lors des Mondiaux d’Innsbruck, avec l’idée de dynamiser les courses. Ces dispositifs sont pourtant dans le peloton depuis 1990, du temps de l’équipe Motorola. En 2024, l’instance a testé leur suppression sur des épreuves du WorldTour, notamment le Tour de Pologne. Un essai loin de faire l’unanimité, plusieurs chutes ayant été imputées à ce changement. Richard Plugge, patron de Visma-Lease a bike, avait dénoncé « une immense farce ».
Deux camps s’affrontent. D’un côté, ceux qui réclament la fin de ces gadgets pour enrayer la robotisation des coureurs, à l’image de Marc Madiot, favorable depuis longtemps à leur abandon et partisan d’aller plus loin en interdisant aussi les capteurs de puissance. « Je veux une odeur de chaos sur le ring », avait résumé le dirigeant de Groupama-FDJ United. Le Français Rémi Cavagna partage ce point de vue et va même plus loin, persuadé que les oreillettes favorisent les chutes en générant une nervosité artificielle. De l’autre côté, Christian Prudhomme, directeur du Tour de France, juge leur disparition néfaste pour la sécurité.
Ce débat oppose finalement deux visions du cyclisme. L’une moderne, contrôlée, où chaque effort est calculé au watt près. L’autre plus instinctive, faite de flair et d’imprévus. La journée de dimanche à Montréal, sans Tadej Pogacar au départ, a offert un argument de poids au second camp. Reste à savoir si ce constat suffira à faire bouger les lignes sur le reste de la saison.
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