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Starship franchit enfin le cap de l’orbite

La mégafusée d’Elon Musk s’est installée pour la première fois autour de la Terre, avant d’y lâcher des satellites. Un palier décisif pour un lanceur qui…

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Starship franchit enfin le cap de l'orbite

La mégafusée d’Elon Musk s’est installée pour la première fois autour de la Terre, avant d’y lâcher des satellites. Un palier décisif pour un lanceur qui vise la Lune, Mars et les datacenters spatiaux.

C’est la fusée la plus imposante et la plus puissante jamais assemblée, et elle vient d’écrire une ligne nouvelle dans son histoire. Environ vingt-cinq minutes après avoir quitté son pas de tir texan, Starship a commencé à tourner autour de la Terre, puis a libéré des satellites opérationnels. Du jamais vu pour cet engin. Dans les locaux de SpaceX, les ingénieurs ont accueilli l’étape par de longs applaudissements.

Le chemin parcouru pour arriver là donne la mesure du moment. Dix ans de conception, trois ans de vols d’essai dans sa configuration complète, et voilà que ce quatorzième test est le premier où l’équipe a réellement tenté l’orbite. Jusque-là, le choix était assumé. Les tirs suivaient des trajectoires suborbitales, moins risquées et plus faciles à maîtriser, histoire de jauger la machine et de la retoucher au fil des réussites comme des ratés. Un ingénieur de l’entreprise avait d’ailleurs prévenu avant le décollage que l’orbite ne serait visée que si tout paraissait carré sur tous les fronts.

La montée a justement failli tout compliquer. Un moteur de l’étage supérieur, le vaisseau lui-même, s’est coupé plus tôt que prévu. Pendant la retransmission vidéo, un responsable de SpaceX a évoqué la possibilité d’interrompre l’essai, laissant planer quelques minutes de flottement. La suite a finalement été confirmée. Le vol irait jusqu’au bout.

Cette décision n’avait rien d’anodin. Un engin de cette taille qui perd le contrôle en orbite, ce sont des dégâts redoutés pour les satellites déjà en place et un retour dans l’atmosphère impossible à diriger. Les essais précédents, tous suborbitaux, s’étaient d’ailleurs achevés par des explosions, y compris au-dessus des Caraïbes. Se maintenir en orbite exige une puissance et une robustesse d’un autre niveau. L’objectif visé était une orbite circulaire à environ 275 kilomètres au-dessus du sol, ce qui obligeait Starship à frôler les 28.000 km/h.

La mission ne s’arrêtait pas là. Le vol, prévu pour durer une dizaine d’heures, a aussi permis de larguer 26 satellites Starlink de nouvelle génération, appelés à grossir encore la constellation d’internet satellitaire de l’entreprise. Si tout se déroule comme prévu, le vaisseau terminera sa course dans le Pacifique, après six tours complets autour du globe.

Place maintenant à une autre séquence. Starship entre dans une phase de tests qui devrait inclure des tentatives de ravitaillement en carburant directement en orbite. Il reste donc une pile de défis techniques à gravir avant que la mégafusée, qu’Elon Musk veut rendre entièrement réutilisable, ne transporte des charges commerciales, n’installe des datacenters dans l’espace ou ne mette le cap sur la Lune et sur la planète rouge.

Le regard du public, lui, ne pardonne plus grand-chose. Sur le plan de l’ingénierie, un simple décollage sans accroc aurait déjà été une victoire, estimait avant le lancement une spécialiste américaine du secteur spatial. Mais pour les nouveaux investisseurs arrivés après l’entrée en Bourse retentissante de juin, l’exigence est tout autre. Il faut du spectaculaire, sinon la marche est perçue comme un échec. D’autant que le programme a empilé les retards, qu’une version modifiée de la fusée doit servir au retour des humains sur la Lune pour le compte de la Nasa, et qu’une société chinoise a récemment progressé sur les lanceurs réutilisables.

SpaceX, qui a fait du risque son mantra, garde toutefois une longueur d’avance sur le marché mondial des lancements grâce à ses fusées Falcon partiellement réutilisables. Et ce quatorzième vol test ne restera pas isolé, plusieurs tirs étant programmés dans la même semaine, dont celui qui doit emmener un équipage d’astronautes vers la Station spatiale internationale.

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