Planète
Quand nos téléphones brouillent la météo
Les prévisions du temps pourraient perdre en fiabilité sous la pression de la téléphonie mobile. Deux agences de l’ONU demandent aux États de protéger des…


Les prévisions du temps pourraient perdre en fiabilité sous la pression de la téléphonie mobile. Deux agences de l’ONU demandent aux États de protéger des fréquences radio indispensables aux météorologues.
Pour observer l’atmosphère, les météorologues n’ont pas vraiment le choix. Ils s’appuient sur des ondes radio émises à des fréquences très précises, et ces bandes sont aujourd’hui de plus en plus encombrées par les réseaux de téléphonie mobile, les communications sans fil et les services satellitaires. Réunies à Genève autour d’un séminaire d’experts, l’Union internationale des télécommunications et l’Organisation météorologique mondiale appellent les gouvernements et les autorités de régulation à préserver l’accès à ces fréquences, que le Règlement des radiocommunications protège.
Le mécanisme est simple. Les capteurs météo guettent des signaux naturels, très faibles, que seule une bande bien définie permet de capter. Quand d’autres services émettent sur les mêmes longueurs d’onde, ces mesures se brouillent. Résultat, des données moins fiables, moins disponibles, et des prévisions comme des alertes qui perdent en précision. Un enjeu qui dépasse largement la technique, puisque de bonnes prévisions et des alertes solides relèvent de la sécurité publique et peuvent sauver des vies.
Doreen Bogdan-Martin, secrétaire générale de l’UIT, décrit l’ampleur du dispositif en marche. Des satellites mesurent les changements à l’œuvre dans les océans et l’atmosphère, les radars suivent les tempêtes, et chaque jour plus de 1.500 radiosondes s’envolent sous des ballons pour scruter le ciel. Pour elle, empêcher les brouillages nuisibles est une question de sécurité publique. Le constat est déjà préoccupant, puisque près de 90 % des radars météorologiques européens subissent chaque année des interférences.
Sa collègue de l’OMM, Celeste Saulo, insiste sur un point souvent mal compris. Le spectre radioélectrique est une ressource naturelle limitée, et la météorologie n’utilise certaines bandes ni par confort ni par habitude, mais parce que la physique de l’atmosphère l’impose. Aucune autre fréquence ne fournit les mêmes observations. Protéger ces bandes revient donc à protéger les prévisions et les systèmes d’alerte précoce dont dépendent les pays. Une tempête, explique-t-elle, se repère à la fois par les faibles signaux qu’elle émet et par les échos qu’elle renvoie aux ondes qu’on lui adresse. Tout cela tient à un lien physique entre la taille des gouttelettes et des cristaux de glace présents dans les nuages et le spectre utilisé.
Les outils concernés sont nombreux. Radars météorologiques, radars profileurs de vent, radiosondes, réseaux de détection de la foudre, observations aéronautiques et maritimes, systèmes de surveillance hydrologique, tous dépendent de ces fréquences. Les conséquences d’une erreur ne sont pas seulement techniques. Les phénomènes météorologiques, climatiques et hydrologiques extrêmes représentent plus de la moitié des catastrophes recensées, avec un coût total qui dépasse désormais 2.300 milliards de dollars par an.
La pression, elle, ne devrait pas faiblir. Le spectre est très sollicité, notamment par les télécommunications commerciales. Autrefois, la demande pouvait être absorbée en se tournant vers des bandes plus élevées et moins occupées. Ce temps est révolu, explique Vadim Nozdrin, conseiller à l’UIT, car pratiquement toutes les bandes sont désormais utilisées. Il pointe aussi une difficulté de fond. Dans de nombreux pays, l’attribution des fréquences est guidée par des intérêts commerciaux, en particulier lorsqu’elles sont vendues aux enchères aux opérateurs mobiles.
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