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Au Mexique, cinq corps pendus à un pont brisent l’espoir d’un Etat apaisé

Le Zacatecas avait vu les meurtres chuter de façon spectaculaire. La découverte de cinq pendus dans un bourg de producteurs de haricots a remis la peur au…

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Au Mexique, cinq corps pendus à un pont brisent l'espoir d'un Etat apaisé

Le Zacatecas avait vu les meurtres chuter de façon spectaculaire. La découverte de cinq pendus dans un bourg de producteurs de haricots a remis la peur au centre de la vie.

C’était une embellie que personne n’imaginait voir s’achever si brutalement. Dans le Zacatecas, les homicides volontaires sont passés de 1 300 en 2022 à 144 en 2025, selon les chiffres officiels. Une chute spectaculaire qui avait redonné confiance. Puis, un matin, cinq corps sont retrouvés pendus à un pont de Pozos de Gamboa, un village de 5 000 âmes perdu au milieu des champs de haricots. Parmi eux, un ancien maire, des fonctionnaires et des entrepreneurs originaires d’autres régions de l’Etat. Et dans les environs, cinq autres cadavres sont découverts peu après. L’espoir venait de s’effondrer.

Cette région est une plaque tournante du trafic de drogue vers les Etats-Unis. Les cartels de Jalisco Nueva Generación et de Sinaloa, les deux plus puissants du pays, se la disputent âprement. Il y a quelques années, les règlements de comptes rythmaient le quotidien. La décrue des meurtres avait fait croire à une menace éloignée. La scène du pont a balayé cette illusion. Le gouvernement local a promis une réaction immédiate et ferme, sollicitant l’armée et la garde nationale. Mais sur la route qui part de la capitale régionale vers le village, on ne voit que deux patrouilles, et pas un seul barrage. Un décalage qui en dit long.

Les habitants vivent dans une peur contenue, un malaise diffus. Le soir venu, les rues se vident. Personne ne veut commenter ce qui s’est passé. Un homme, qui demande l’anonymat pour sa sécurité, a perdu son frère dans une disparition forcée. «Quand ils font disparaître quelqu’un ici, c’est qu’ils l’ont tué», glisse-t-il. Les cartels «tuent pour un rien», ajoute-t-il. Ce pont n’en est pas à son premier macabre spectacle. Des banderoles de narcos y ont déjà été accrochées. Une vendeuse de nourriture a aperçu les corps dès les premières lueurs de l’aube. Une mise en scène qui renvoie au temps de la guerre contre la drogue lancée en 2006, quand les groupes criminels exposaient leurs victimes en public pour imposer leur loi.

Cristela Trejo, universitaire, voit dans cette affaire un signe d’un mal plus profond. Le crime organisé, les institutions de l’Etat et même des acteurs privés s’imbriquent dans un système qu’elle qualifie de violence structurelle. «C’est ce qui entretient et alimente cette violence structurelle», souligne-t-elle. Pour le gouvernement de Claudia Sheinbaum, le Zacatecas est devenu un dossier brûlant. La présidente a promis de traduire les responsables en justice. Elle a rompu avec la stratégie des «câlins, pas de balles» de son prédécesseur. Saisies de drogue et arrestations ont augmenté dans le pays. Elle a aussi envoyé des soldats dans le Sinaloa et le Michoacan, alors que Donald Trump menace d’intervenir au Mexique contre le narcotrafic.

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