Faits Divers
La justice française reconnaît enfin les rafles du Vieux-Port comme crimes contre l’humanité
Plus de quatre-vingts ans après les faits, la justice française qualifie de crimes contre l’humanité les rafles du Vieux-Port et la destruction du…


Plus de quatre-vingts ans après les faits, la justice française qualifie de crimes contre l’humanité les rafles du Vieux-Port et la destruction du quartier Saint-Jean, à Marseille. Une décision très attendue par les survivants et les descendants des victimes.
L’opération, que les nazis avaient baptisée « Sultan », s’est déroulée du 22 au 24 janvier 1943. Elle a mobilisé environ 12.000 policiers et gendarmes français, agissant sous les ordres du secrétaire général de la police de Vichy, René Bousquet. En quelques jours, 20.000 personnes ont été chassées de chez elles. Le quartier Saint-Jean, surnommé « la petite Naples », a été entièrement rasé. Ses 1.500 immeubles ont été pillés avant d’être détruits.
Derrière ces chiffres, il y a des vies brisées. Près de 800 juifs, dont beaucoup habitaient le quartier de l’Opéra, ont été envoyés vers les camps d’extermination nazis. L’enquête a confirmé 1.600 déportations, parmi lesquelles 600 personnes parties en Allemagne. Plusieurs milliers d’habitants ont été parqués dans un camp de rétention à Fréjus, où les hommes ont été séparés des femmes et des enfants.
Olivier Christen, procureur national antiterroriste, s’est rendu à Marseille pour rencontrer les derniers témoins et les familles. Il l’a admis sans détour. L’enquête n’a pas permis d’identifier des responsables encore vivants. Mais l’infraction de crime contre l’humanité est bel et bien caractérisée, pour les rafles comme pour le pillage et la destruction des immeubles. Le procureur a rappelé l’ampleur de cette opération, décidée par le chef de la SS lui-même. Selon lui, elle visait les habitants d’un quartier perçu comme une sous-population. Il a aussi pointé le fait que ces événements demeurent largement méconnus du grand public.
Antoine Mignemi avait cinq ans en 1943. Il n’a rien oublié du visage de sa mère, effrayée, venue le réveiller au petit matin. La police française se tenait à la porte, et il fallait quitter Saint-Jean immédiatement. Poussés comme un troupeau jusqu’au port, entassés dans des wagons à bestiaux, les habitants ont pris la direction du camp de Fréjus. Une semaine sur de la paille infestée de vermine, sans lit, dans des baraquements insalubres. Aujourd’hui âgé de 89 ans, ce descendant d’une famille sicilienne garde le souvenir d’un quartier où Italiens, Grecs, Arméniens, Espagnols, Nord-Africains et Sénégalais vivaient ensemble.
Pour Me Pascal Luongo, dont le grand-père italien a été interné à Fréjus, ce coin cosmopolite a été effacé parce qu’il abritait les derniers immigrés, des personnes jugées indésirables. Il parle d’une logique d’élimination de « parasites ». La reconnaissance des crimes contre l’humanité, estime-t-il, vaut comme une réparation morale. Fernand Riberi, 76 ans, partage ce soulagement. Son grand-père, déporté politique, est mort au camp allemand de Sachsenhausen. Pour lui, l’homme n’est plus disparu dans l’anonymat.
La France avait déjà reconnu, en 1995, sa responsabilité dans les rafles et les déportations de juifs durant la Seconde Guerre mondiale, sous la présidence de Jacques Chirac. Le maire de Marseille, Benoît Payan, qui avait initié des commémorations en 2023, voit dans cette décision l’aboutissement de décennies de combat pour la mémoire de la ville.
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