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Le « un pour un » franco-britannique s’arrête, les traversées de la Manche continuent de tuer

Londres met fin à l’accord migratoire conclu avec Paris, jugé inefficace et critiqué pour son traitement des exilés. Les deux pays discutent désormais des…

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Le « un pour un » franco-britannique s'arrête, les traversées de la Manche continuent de tuer

Londres met fin à l’accord migratoire conclu avec Paris, jugé inefficace et critiqué pour son traitement des exilés. Les deux pays discutent désormais des conditions de sortie d’un dispositif qui n’a jamais rempli ses objectifs.

L’accord franco-britannique dit du « un pour un » ne verra pas de suite. Le ministère de l’Intérieur britannique a confirmé qu’aucun nouveau dossier n’y était désormais traité, à quelques jours de son expiration. Lancé à l’été 2025 comme un dispositif expérimental, ce programme reposait sur un échange. Renvoyer vers la France des personnes arrivées irrégulièrement au Royaume-Uni à bord d’embarcations de fortune, et admettre en retour, dans un cadre légal, d’autres migrants présents en France. Des vols affrétés doivent encore décoller dans les prochaines semaines. Côté français, le ministère de l’Intérieur évoque des discussions sur les modalités de cette sortie.

Sur le papier, les objectifs étaient élevés. L’ancien Premier ministre britannique Keir Starmer jugeait l’accord « révolutionnaire », capable d’exercer un « effet très dissuasif » sur le modèle des passeurs. Emmanuel Macron visait 2.600 échanges. Le compte n’y est pas. Environ 1.500 personnes entrées illégalement au Royaume-Uni ont été renvoyées en France, et un nombre comparable de demandeurs, ayant déposé un dossier sur le territoire français, a été admis légalement outre-Manche. « L’accord a remporté certains succès et le gouvernement aurait volontiers souhaité le poursuivre, mais il n’a pas atteint la cadence espérée », reconnaît-on du côté de Londres, qui assure poursuivre « sans relâche » la lutte contre les traversées par petites embarcations. Le ministre de l’Intérieur français Laurent Nuñez avait, lui, prévenu que ce dispositif pilote n’avait pas vocation à être prolongé, et qu’il valait mieux l’intégrer à un accord entre l’Union européenne et le Royaume-Uni, plutôt que de laisser la France le porter seule. Son homologue britannique Shabana Mahmood, tout en admettant des chiffres « relativement faibles », avait évoqué la difficulté de gérer chaque semaine un très grand nombre d’expulsions.

Ce tour de vis n’a pas manqué de faire réagir. Des organisations dénoncent depuis le début « un marchandage migratoire honteux », en contradiction avec les engagements internationaux sur les droits des réfugiés. Médecins Sans Frontières a estimé que l’accord avait eu des « conséquences particulièrement néfastes pour des centaines de personnes exilées », et prévenu qu’un tel montage ne devait « pas être reproduit avec la France, ni servir de base à un accord européen plus large ». En vertu de la Convention de Genève, un État ne peut pas empêcher un demandeur d’asile ayant fui des persécutions de déposer sa demande de protection.

Derrière les textes, il y a des vies brisées. Trois personnes, dont un enfant, sont mortes en tentant de rejoindre l’Angleterre par la mer, ce qui porte à 22 le nombre de décès recensés sur cet axe depuis le début de l’année. En 2025, 31 personnes ont péri en mer, contre 78 en 2024. Des politiques toujours plus dures poussent les exilés à prendre davantage de risques, alertent les associations. Des départs depuis la Belgique, qui rallongent la traversée, ont été observés, et les embarcations sont de plus en plus chargées.

Au Royaume-Uni, les arrivées depuis la France occupent une place centrale dans le débat politique. Les rassemblements hostiles aux migrants, parfois violents, s’y répètent, et cette tension a notamment nourri la montée du parti anti-immigration Reform UK. Le sujet dépasse d’ailleurs le « un pour un ». L’accord du Touquet, qui déplace la frontière britannique sur les côtes françaises, fait lui aussi l’objet d’une commission d’enquête chargée d’évaluer ses conséquences.

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