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Violences sexuelles, la facture cachée qui peut faire basculer la vie des victimes

Un rapport parlementaire dévoile l’ampleur des frais que les victimes de violences sexistes et sexuelles doivent souvent payer de leur poche. Les députées…

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Violences sexuelles, la facture cachée qui peut faire basculer la vie des victimes

Un rapport parlementaire dévoile l’ampleur des frais que les victimes de violences sexistes et sexuelles doivent souvent payer de leur poche. Les députées Sandrine Josso et Elise Leboucher appellent l’État à changer la donne.

À deux jours de l’examen de la loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles à l’Assemblée nationale, un rapport parlementaire vient braquer le projecteur sur un angle mort du sujet. Rédigé par les députées Sandrine Josso (MoDem) et Elise Leboucher (LFI), il résulte de six mois de travail et de 125 auditions. Le constat tient en une formule sèche. Les conséquences financières pour les victimes restent la face immergée de l’iceberg.

Se soigner, payer un avocat, encaisser une perte de revenus. La note grimpe à toute vitesse. Une victime a raconté avoir vidé son PEL pour financer sa procédure. Une autre, après seize années de parcours judiciaire, chiffre son addition à environ 46 000 euros pour quatre avocats successifs. Sandrine Josso connaît ce vertige de près. La députée de Loire-Atlantique a déboursé 30 000 euros d’honoraires dans le procès de Joël Guerriau, condamné fin janvier pour l’avoir droguée à son insu en 2023 dans le but de la violer. Elle n’a pas obtenu la protection fonctionnelle de l’Assemblée nationale, qui lui aurait permis de faire prendre en charge ces frais, et parle d’une violence institutionnelle.

Le volet sanitaire pèse lui aussi lourd. Les séances chez un psychologue spécialisé coûtent en moyenne 90 euros, parfois jusqu’à 150, le plus souvent intégralement à la charge des victimes. Sandrine Josso déroule son quotidien, des rendez-vous hebdomadaires chez le psy, du kiné, des radios et quatre dents retirées chez le dentiste. Le programme Nook, qui accompagne les victimes de violences sexuelles subies dans l’enfance, évalue le reste à charge à environ 21 000 euros sur huit ans. Mis bout à bout, tout cela finit par la ruiner.

Le rapport pointe également des répercussions moins visibles. Un arrêt maladie, une période de chômage, un passage à temps partiel, un licenciement ou une carrière qui n’avance plus finissent par faire fondre les revenus et, à terme, les droits à la retraite. Une ingénieure des mines, victime dans l’enfance puis à l’âge adulte, raconte avoir perdu son dernier poste à cause d’un comportement instable rattaché aux traumatismes subis.

D’autres coûts restent tapis dans l’ombre. Déménager pour s’éloigner de l’agresseur, perdre un réseau familial et amical, s’isoler, prendre un taxi ou changer de lieux pour éviter de le croiser. Ces dépenses du quotidien sont presque impossibles à quantifier, insistent les deux élues. Face à ce tableau, elles formulent 100 recommandations. La toute première réclame une étude d’envergure, à l’image de celle menée en Espagne, pour chiffrer l’ensemble des coûts supportés par la société comme par les victimes.

Le texte de loi prévoit, à son article 53, une dispense d’avance de frais pour les actes médicaux et les soins consécutifs aux violences, sans condition de date. La France consacre 58,8 millions d’euros par an à la lutte contre ces violences, quatre fois plus qu’en 2020. Un effort réel, mais qui laisse encore, aux yeux des deux parlementaires, l’accompagnement des victimes largement insuffisant.

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