Politique
Gérard Larcher, l’inamovible gardien du Sénat face à la poussée du Rassemblement national
À 77 ans, le sénateur des Yvelines brigue un sixième mandat à la tête de la Haute assemblée. Son défi le plus coriace l’attend avec l’entrée en force du…


À 77 ans, le sénateur des Yvelines brigue un sixième mandat à la tête de la Haute assemblée. Son défi le plus coriace l’attend avec l’entrée en force du RN, qui menace son art du compromis.
Ce jeudi à 15 heures, Gérard Larcher remet son fauteuil en jeu. À 77 ans, l’élu des Yvelines vise un sixième mandat à la présidence du Sénat, pour trois années de plus. Le plateau, ce siège réservé au patron de la Haute assemblée, il le connaît par cœur pour l’avoir occupé quinze ans durant, et sans la moindre interruption depuis 2014. Sa reconduction ne fait guère de doute, portée par une majorité de sénateurs qui s’étend de la droite aux centristes, en passant par Horizons.
Cet homme de l’ombre, plus à son aise dans les couloirs du Palais du Luxembourg que sous les projecteurs des plateaux télé, s’est rendu indispensable au fil des années. Un talent qui lui vaut parfois des reproches de passéisme ou d’opacité, dont l’institution peine à se défaire. Mais quand vient le moment de négocier, de discuter ou de bâtir, ce stratège excelle. Son écoute et son expérience sont saluées bien au-delà de son propre camp.
Son principal opposant, le socialiste Patrick Kanner, ne tarit pas d’éloges. Il le décrit comme un madré de première, attentif à tout et désireux de résoudre chaque problème, un personnage à l’habileté incroyable qui sait où il veut aller tout en sachant arrondir les angles. Un ancien sénateur LR résume la sensation avec malice, évoquant une anesthésie générale et une piqûre de Larcher à l’arrivée au Sénat, avec une règle numéro un qui veut que le président ait toujours raison, le tout baigné de crainte et de rondeur. Le Normand incarne ce que la haute assemblée chérit le plus, la continuité, l’enracinement et le dialogue. Bruno Retailleau, dont il soutient la quête élyséenne, y voit une rencontre presque évidente entre un homme et une institution.
Engagé chez les jeunes gaullistes en 1966, puis au RPR en 1976, cet ancien vétérinaire spécialisé dans les soins aux chevaux et chasseur invétéré a gardé la devise de l’école de cavalerie de Saumur, en avant, calme et droit. Surnommé Gégé par ses intimes, il aura bien besoin de cette formule pour traverser les mois qui s’ouvrent.
Car une nouveauté pourrait enrayer la mécanique. La constitution d’un groupe RN fort de quinze membres, une première dans l’histoire de la chambre, bouscule les habitudes. Marine Le Pen a prévenu que les accords discrets conclus dans les couloirs se feront désormais sous les yeux de ses sénateurs, raillant au passage ceux qui auraient maugréé après les élections sénatoriales, comme s’il ne fallait surtout pas les déranger pendant la sieste. La présidente des sénateurs communistes, Cécile Cukierman, redoute un bouleversement inévitable des comportements et estime que la présidence du Sénat ne peut plus rester la même. Fervent partisan d’une ligne ni RN ni LFI et d’une alliance entre la droite et le centre, Gérard Larcher sait que le Rassemblement national promet de débaucher dans les rangs des Républicains.
Le patriarche de la chambre haute défend un Sénat qui demeure l’assemblée du débat apaisé, prêt à jouer les contre-pouvoirs indispensables à la démocratie. Ce rôle, il l’a longtemps tenu face à Emmanuel Macron, un président qu’il juge vertical et dont il a souvent fustigé l’attitude lointaine et condescendante. La dissolution de 2024 l’a marqué, ce choix brutal annoncé par téléphone en une minute trente continue de le faire enrager. En passe d’être réélu jusqu’en 2029, il pourrait affronter une tout autre forme de contre-pouvoir si Marine Le Pen accédait à l’Élysée et tentait de réviser la Constitution par l’article 89, une procédure qui exige l’aval de la chambre haute. Pour le constitutionnaliste Benjamin Morel, le Sénat s’apprête à vivre un moment de rupture politique et devra parler d’une voix claire, avec Larcher comme valeur refuge derrière laquelle chacun devra se ranger. Le paradoxe est là. Jamais il n’a semblé aussi peu menacé à son poste, alors qu’il affronte sans doute le plus grand défi de sa carrière.
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