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Trump parie sur l’autorégulation de l’IA, très loin des craintes des Américains

Le président américain a réuni les poids lourds de la tech à la Maison Blanche et redit sa préférence pour une discipline choisie par les entreprises…

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Trump parie sur l'autorégulation de l'IA, très loin des craintes des Américains

Le président américain a réuni les poids lourds de la tech à la Maison Blanche et redit sa préférence pour une discipline choisie par les entreprises elles-mêmes. Un discours qui tranche avec l’inquiétude d’une large majorité d’électeurs à quatre mois des législatives.

Donald Trump a convié mardi les patrons les plus puissants de la Silicon Valley à la Maison Blanche, puis s’est présenté quelques minutes devant les journalistes, entouré d’Elon Musk, à la tête de Tesla, X, SpaceX et Grok, et de Jensen Huang, le dirigeant de Nvidia. Le président américain a décrit une atmosphère chaleureuse dans la salle, parlant d’un « sentiment incroyable » et d’un « amour pour notre pays », avant d’assurer que tous les participants voulaient « agir de la bonne manière ».

Sur le fond, sa position n’a pas bougé d’un pouce. Il préfère que le secteur se discipline lui-même plutôt que de subir des règles contraignantes, qui freineraient selon lui le développement de l’intelligence artificielle et, par ricochet, la avance technologique des États-Unis. Il a évoqué ce qu’il appelle une « régulation automatique » assurée par le ministère de la Justice et le FBI, avant de rappeler que « l’autorégulation est très importante ». Il a aussi annoncé qu’il signerait dans la journée un document officialisant l’expression « super intelligence » à la place d’« intelligence artificielle ».

Le déjeuner, organisé à l’initiative du chef de file républicain à la Chambre des représentants Mike Johnson, a rassemblé Mark Zuckerberg pour Meta, Jeff Bezos pour Amazon, Sundar Pichai pour Google, Greg Brockman pour OpenAI, Dario Amodei pour Anthropic, ainsi que l’investisseur David Sacks, ancien conseiller spécial du président sur ces questions. Sur les 31 convives, deux femmes seulement étaient présentes, Susie Wiles, directrice de cabinet de Donald Trump, et Lisa Su, patronne du fabricant de puces AMD.

Mike Johnson a résumé la ligne de son camp sur une chaîne de télévision économique. Il faut selon lui trouver « le bon équilibre » entre la sécurité et l’ambition de faire des États-Unis le leader mondial de l’IA, avec une supervision exercée par le Parlement. Plus tôt dans la journée, en lançant un nouveau site donnant accès aux ressources gouvernementales, Donald Trump avait affirmé que cette technologie « aura essentiellement de bons usages » et que les mauvais seraient stoppés, ajoutant que le pays ne « succombait pas à la peur » face aux nouveautés techniques.

Ce ton optimiste détonne avec l’état d’esprit de l’opinion. Un sondage indique que 82 % des Américains se déclarent « inquiets » du rythme auquel l’intelligence artificielle progresse. Plusieurs incidents de sécurité survenus ces derniers mois, ainsi que des avertissements très sombres sur les dangers encourus par l’humanité, ont transformé le sujet en thème de campagne à l’approche du scrutin du 3 novembre. Pour les républicains, l’écart entre leur discours et ces chiffres devient gênant, alors que ces élections de mi-mandat pourraient leur coûter le contrôle du Congrès.

Derrière la scène officielle, le microcosme de l’IA se déchire. D’un côté, Dario Amodei, Sam Altman et Demis Hassabis réclament que les politiques mettent de l’ordre dans une course qu’ils jugent effrénée. De l’autre, un camp proche de Donald Trump, où l’on retrouve Jensen Huang et Mark Zuckerberg, reproche à ces mêmes entreprises de se défausser, notamment pour obtenir une exemption de responsabilité quand une intelligence artificielle déraille. Le patron de Nvidia voit dans la sécurité de l’IA un problème avant tout technique, que de meilleurs outils permettront de régler. « S’ils pensent qu’ils ont perdu le contrôle, alors ne sortez pas de produits tant qu’ils ne sont pas sous contrôle », a-t-il lancé.

Les signaux envoyés par les entreprises elles-mêmes nourrissent le débat. OpenAI a annoncé lundi renoncer à commercialiser un modèle jugé trop risqué. Son directeur général Sam Altman, resté à San Francisco, plaide pour une approche « centriste », qui arbitre entre deux dangers, la « perte de contrôle accidentelle » et une « trop grande concentration du pouvoir ». Anthropic, éditeur du modèle Claude, a de son côté prévenu dans son prospectus d’entrée en Bourse que ses technologies pourraient représenter des « risques existentiels pour l’humanité ». Mi-septembre, Dario Amodei avait appelé à ralentir la cadence, une sortie vertement critiquée par les républicains et au-delà, même si Sam Altman, Demis Hassabis, Elon Musk et Satya Nadella l’ont soutenu. Au Sénat, le chef de la majorité républicaine John Thune résume la position de nombreux élus. « Il faut au moins avoir un plan et des garde-fous », estime-t-il, en défendant une régulation à la « touche légère ».

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