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Salut militaire contre K-pop la bataille des symboles dans la présidentielle colombienne

En Colombie, la campagne du second tour de la présidentielle se joue aussi sur le terrain du marketing politique le plus détonant. Entre un candidat de…

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Salut militaire contre K-pop la bataille des symboles dans la présidentielle colombienne

En Colombie, la campagne du second tour de la présidentielle se joue aussi sur le terrain du marketing politique le plus détonant. Entre un candidat de droite dure qui emprunte ses codes à l’armée et un rival de gauche porté par les fans de K-pop, les électeurs assistent à un spectacle politique inédit.

À droite, Abelardo de la Espriella a fait du salut militaire son geste fétiche. Cet avocat millionnaire, qui n’a jamais porté l’uniforme, lève la main droite au front avant de l’abaisser d’un geste sec à chacun de ses discours. Autour de lui, d’anciens soldats en treillis se placent en évidence lors des meetings et entonnent l’hymne national en rang serré. Ce rituel n’est pas anodin dans un pays marqué par six décennies de conflit armé interne. Le candidat promet de supprimer le tribunal spécial issu de l’accord de paix de 2016 avec les Farc, que la droite juge trop sévère envers les militaires accusés d’exactions.

Mais le symbole le plus fort de sa campagne reste le tigre. Surnommé « El Tigre » depuis que l’ancien président Alvaro Uribe a estimé en 2024 que la Colombie avait besoin d’un félin à sa tête, De la Espriella a adopté l’animal comme emblème. Il copie ainsi la stratégie du président argentin Javier Milei et son lion. L’analyste politique Angel Beccassino explique que cette imagerie renvoie à des projets d’autorité forte. Le candidat se met en scène dans des vidéos générées par intelligence artificielle et fait parler sa « forte capacité d’acteur » lors de meetings arrosés de feux d’artifice.

À l’opposé, le candidat de gauche Ivan Cepeda mise sur un tout autre levier la K-pop. Le sénateur de 63 ans, allié du président sortant Gustavo Petro, assume une campagne jugée sobre, voire un peu terne. Alors il accepte avec reconnaissance le soutien de fans de musique pop sud-coréenne, souvent issus de la génération Z. Ces jeunes organisent des chorégraphies sur des chansons de BTS, les filment et les diffusent sur les réseaux sociaux. Ils viennent aussi animer ses événements publics. Cepeda leur a lancé un message sur X les remerciant de mobiliser « l’espoir de toute une génération ». Et il n’hésite pas à reprendre le geste du cœur coréen, le pouce et l’index croisés, popularisé par les idols.

Pour le politologue Sebastian Solano, 28 ans, qui soutient Cepeda, ces fans ne sont pas là par hasard. Beaucoup sont des personnes LGBT, des femmes, des jeunes, des membres de minorités qui se sentent menacés par l’éventuelle arrivée au pouvoir d’Abelardo de la Espriella. La K-pop devient alors un outil de mobilisation politique.

Autre symbole disputé le maillot jaune de l’équipe nationale de football. En pleine Coupe du monde 2026, ce vêtement est devenu un enjeu de campagne. De la Espriella l’a porté le premier lors de ses meetings, s’inspirant de l’ancien président brésilien Jair Bolsonaro qui avait fait du maillot de la Seleçao un étendard partisan. Le camp Cepeda l’a accusé d’avoir « volé » ce symbole et a tenté un recours en justice, sans succès. Désormais, le président Gustavo Petro et ses ministres apparaissent eux aussi tout de jaune vêtus pour tenter de reconquérir ce signe patriotique. Tout se joue sur une image.

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