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Le procès d’un méga-détournement au Venezuela dérape en accusations de tortures

Des banquiers, des politiques et l’ex-ministre du pétrole sont jugés pour le vol de milliards de dollars via des cryptomonnaies. Mais depuis l’ouverture…

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Le procès d’un méga-détournement au Venezuela dérape en accusations de tortures

Des banquiers, des politiques et l’ex-ministre du pétrole sont jugés pour le vol de milliards de dollars via des cryptomonnaies. Mais depuis l’ouverture du procès à huis clos, ce sont les conditions de détention et les pressions sur les accusés qui font scandale.

L’affaire dite « PDVSA Cripto » est l’un des plus gros scandales financiers du Venezuela. Pendant quatre ans, entre 2019 et 2023, du pétrole brut a été vendu en échange de cryptoactifs pour contourner les sanctions américaines et l’embargo pétrolier. Selon l’acte d’accusation, les devises issues de ces ventes ont transité par 74 sociétés commerciales. Les montants détournés oscillent entre 5 et 17 milliards de dollars, selon les sources. Un système complexe où se mêlent banquiers, hauts fonctionnaires et proches du pouvoir.

Soixante-quatre personnes sont sur le banc des accusés. Parmi elles, Tareck El Aissami, 51 ans, ancien vice-président et ex-homme fort du pétrole sous Nicolas Maduro. Il comparaît aux côtés de l’ex-député Hugbel Roa, de l’ancien ministre des Finances Simon Zerpa, du superviseur des cryptoactifs Joselit Ramirez et de plusieurs cadres d’entreprises publiques. Ils sont poursuivis pour contournement d’appels d’offres, blanchiment et association de malfaiteurs. Le procès a débuté le 20 avril, deux ans après l’arrestation d’El Aissami, et se tient à huis clos total. La presse n’y a pas accès.

Mais ce sont les conditions de détention qui attirent l’attention. La plupart des prévenus sont incarcérés à la prison Rodeo I, en périphérie de Caracas. Une prison que des familles de détenus politiques qualifient de centre de torture. Dès l’aube, les proches font la queue devant le palais de justice pour espérer décrocher l’un des quatre laissez-passer accordés aux parents directs. Lors des premières audiences, Tareck El Aissami est apparu affaibli, en fauteuil roulant. Des témoins présents en juin affirment l’avoir entendu dire à ses avocats qu’il se sentait « proche de la mort » faute de soins médicaux. Ses défenseurs réclament une opération d’urgence. Un autre accusé, le banquier Carmelo De Grazia, a dénoncé des pressions. Il raconte que des agents armés l’ont forcé à ôter son uniforme de prisonnier pour enfiler un costume et une cravate devant un ordinateur. Lors d’un appel vidéo, il aurait été contraint de vendre ses actions d’une banque. Il affirme aussi avoir été placé dans une « cellule punitive appelée la tombe », une sorte de cercueil avec une simple fente pour respirer. Sa femme, Marianna Parra, dénonce un procès qui ne cherche pas la justice mais à cacher la vérité.

Les audiences se tiennent par visioconférence depuis la prison. Les accusés et leurs avocats dénoncent des problèmes techniques permanents. Connexion exécrable, son pourri, image pixelisée. Le juge justifie ce dispositif par la sécurité des détenus, après un accident lors d’un précédent transfert vers le tribunal. Lundi, le juge a indiqué qu’il n’existait pas de moyens pour filmer le procès, seul le son est enregistré. Tareck El Aissami, lui, exige d’être conduit physiquement au tribunal, comme la loi le prévoit. Le procès s’enfonce dans une guerre de versions entre autorités et accusés, tandis que les familles crient à la torture déguisée.

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