Faits Divers
Le pari risqué d’un septuagénaire pour sauver son village des incendies
Alors que le mégafeu de Gironde grignote la presqu’île, un habitant de 79 ans a refusé d’évacuer. Il a lancé un chantier de pare-feu géant, avec l’aide de…

Alors que le mégafeu de Gironde grignote la presqu’île, un habitant de 79 ans a refusé d’évacuer. Il a lancé un chantier de pare-feu géant, avec l’aide de bénévoles, au mépris des ordres officiels.
Sur la presqu’île du Cap-Ferret, entre bassin d’Arcachon et océan, un homme mène une bataille solitaire contre les flammes. Benoît Bartherotte, 79 ans, barbe blanche et peau rougie, supervise les bulldozers qui rasent des pins forestiers. L’incendie est à quelques kilomètres, le thermomètre frôle les 40°C. Malgré les ordres d’évacuation, ce « Robinson » local a choisi de rester pour protéger son village. L’ancien ami des stars et figures du luxe qui animent habituellement la station a retroussé ses manches. Il finance et dirige la création d’une immense bande de terre nue, 800 mètres de long sur 80 de large, pour arrêter le feu.
Son initiative ne plaît pas à tout le monde. Les autorités municipales ont d’abord stoppé le chantier. « Ils nous ont fait perdre deux jours avec leurs conneries de petits fonctionnaires », s’emporte-t-il. Pour obtenir le feu vert, il dit avoir fait jouer ses réseaux jusqu’à l’Élysée. Une fois l’autorisation obtenue, une poignée de volontaires a repris les travaux à l’aube. Parmi eux, Quentin, un ostéopathe, a mis sa famille à l’abri de l’autre côté du bassin. « Mon bateau est prêt, je peux dégager en 5 minutes », explique-t-il. Tous espèrent terminer le pare-feu en trois jours.
Mais Bartherotte n’est pas le seul à défier les consignes. Dans chaque village, des « irréductibles » sont restés. Pas seulement des retraités, mais surtout des pêcheurs et des ostréiculteurs, les « vrais locaux » selon eux. Bart Bosredon, 44 ans, retourne ses coquillages à marée basse pour sauver sa production. « Si on ne les entretient pas, toute notre production sera bousillée », dit-il. Il s’inquiète aussi des fumées et des produits retardants qui polluent l’eau. « On est dans une merde noire », lâche-t-il. Beaucoup se terrent chez eux avec des vivres, par peur d’être forcés d’évacuer. Certains dénoncent les stéréotypes sur la richesse de la presqu’île. « On est ni riches ni privilégiés, et on est en train de tout perdre », confie un ostréiculteur sous couvert d’anonymat.
L’atmosphère est à la paranoïa. Un habitant compare la situation à la guerre, avec « des résistants et des collabos, ceux qui font du zèle et nous balancent ». Au marché du Cap-Ferret, le fleuriste James Garcia jette ses roses invendues. Il était resté dans l’espoir que les gens reviennent vite, mais les jours passent et l’espoir s’amenuise. « Le pire c’est pour ceux qui ont tout perdu, leur maison, leur vie », conclut-il, résigné. Sur cette langue de terre menacée, entre luxe et lutte, les habitants tentent de sauver ce qui peut l’être.
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