Planète
Le métal vert cache une facture carbone bien plus lourde que prévu
Voitures électriques, éoliennes, panneaux solaires. La transition écologique a soif de métaux. Mais une étude révèle que leur extraction pourrait émettre…


Voitures électriques, éoliennes, panneaux solaires. La transition écologique a soif de métaux. Mais une étude révèle que leur extraction pourrait émettre jusqu’à dix fois plus de CO2 que les estimations officielles. Le problème tient à une réaction chimique longtemps négligée.
On le sait depuis longtemps l’industrie minière engloutit une énergie colossale. Les engins de chantier roulent au diesel, le transport des minerais aussi. Mais ces sources d’émissions ne représentent que la partie visible de l’iceberg. Une équipe de chercheurs vient de mettre le doigt sur un phénomène oublié dans les bilans carbone. Il s’agit du drainage minier acide. Quand les minerais extraits contiennent des minéraux sulfurés et que ces derniers entrent en contact avec l’eau de surface, ils transforment cette eau en acide. Ensuite, en réagissant avec certaines roches comme le calcaire, ou en s’écoulant vers l’océan, cette eau acide libère du dioxyde de carbone dans l’atmosphère.
Pour mesurer l’ampleur du phénomène, les scientifiques se sont concentrés sur une région du sud-ouest de l’Espagne appelée la ceinture pyriteuse ibérique. On y trouve 82 mines, actives ou abandonnées. C’est l’endroit au monde où cette réaction est la plus intense. En analysant la composition chimique des rivières et leur mélange avec l’eau de mer, les chercheurs ont découvert que, depuis le début de l’exploitation minière à grande échelle au XIXe siècle, le drainage acide a déjà relâché autant de CO2 que les émissions officiellement comptabilisées pour toute l’activité minière de la zone. Cela signifie que l’empreinte carbone réelle est deux fois plus élevée que ce que l’on croyait.
Mais le problème ne s’arrête pas là. Les minéraux sulfurés restent actifs pendant des centaines, voire des milliers d’années. Même après la fermeture d’une mine, l’eau continue de réagir avec eux et le CO2 continue de s’échapper. Les calculs montrent que pour le cuivre, par exemple, chaque tonne produite libère entre 7 et 165 tonnes de dioxyde de carbone selon la géologie locale. Le milieu de cette fourchette est environ dix fois plus élevé que les estimations habituelles. Pour les chercheurs, la prochaine étape consiste à identifier les régions les plus vulnérables et à développer des solutions. L’une d’elles l’olivine, un minéral qui se dissout rapidement, pourrait neutraliser les eaux acides sans produire de CO2. Sans action rapide sur ces émissions invisibles, atteindre la neutralité carbone deviendra impossible. La facture cachée des métaux verts est bien plus salée qu’on ne l’imaginait.
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