Monde
La crise du gaz pousse les migrants de Delhi à l’exode

La pénurie de combustible, aggravée par le conflit au Moyen-Orient, met au défi la survie quotidienne des travailleurs migrants. Confrontés à l’impossibilité de cuisiner et à la flambée des prix, beaucoup envisagent de quitter la capitale.
À New Delhi, une situation critique se dessine pour des milliers de travailleurs migrants. L’accès au gaz de cuisine, déjà difficile, s’est considérablement dégradé ces dernières semaines. Cette rupture d’approvisionnement, liée aux tensions géopolitiques affectant les voies maritimes, place une population précaire devant un choix cornélien. Persister dans la mégalopole ou regagner leurs régions d’origine, où les perspectives d’emploi sont pourtant quasi inexistantes.
Le système de distribution régulé, qui conditionne l’obtention d’une bonbonne à la présentation d’un justificatif de domicile, exclut de fait ces populations mobiles. Enregistrés officiellement dans leurs villages, ils n’ont d’autre recours que le marché parallèle, où les prix se sont envolés. Le coût du gaz au kilo aurait été multiplié par quatre, selon plusieurs témoignages, rendant son acquisition prohibitrice pour des salaires journaliers oscillant autour de six euros.
Les alternatives se révèlent tout aussi précaires. La cuisson au bois, à laquelle beaucoup ont recours, pose des problèmes logistiques et sanitaires. Le prix du petit bois a également augmenté, et son utilisation à l’intérieur d’habitations exiguës expose les familles à des fumées nocives. Par ailleurs, l’électricité disponible dans ces logements souvent surpeuplés est insuffisante pour alimenter des plaques de cuisson, se limitant à l’éclairage minimal ou à la recharge d’un téléphone.
Cette crise des combustibles agit comme un catalyseur pour une population dont la situation était déjà fragile. Des millions de personnes, originaires principalement des États les plus pauvres comme le Bihar, constituent la main-d’œuvre essentielle des secteurs informels de la construction ou des services dans les grandes villes. Leurs revenus, irréguliers, ne leur permettent pas de constituer une épargne, les rendant extrêmement vulnérables à toute hausse des prix des biens de première nécessité.
Le dilemme est donc profond. Rester signifie consacrer l’essentiel de ses gains à se nourrir, sans possibilité d’épargner. Partir implique un long voyage, souvent de plus de mille kilomètres, pour retrouver une famille et un village où les opportunités économiques sont rares. Cependant, le partage des dépenses au sein du foyer familial et un coût de la vie moindre apparaissent à certains comme une option moins périlleuse que la précarité urbaine.
Des signes d’un exode commencent à être observés. Des syndicats évoquent des départs significatifs de travailleurs de la capitale, combinant la difficulté d’accès au gaz, l’inflation et l’irrégularité des salaires. Pour ceux qui restent, comme cette femme enceinte de cinq mois qui ramasse quotidiennement du bois, l’horizon se rétrécit. L’inquiétude pour la santé se mêle à l’épuisement des expédients, laissant planer la menace d’un retour contraint vers les campagnes, ultime recours face à l’asphyxie économique.

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