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«J’ai eu très peur de voir brûler toute ma vie» une octogénaire évacuée raconte
Des milliers d’habitants ont fui un incendie géant près de Madrid. Dans les gymnases, la peur et la solidarité s’entremêlent.


Des milliers d’habitants ont fui un incendie géant près de Madrid. Dans les gymnases, la peur et la solidarité s’entremêlent.
Elvira Menéndez n’a quasiment pas fermé l’œil. À 80 ans, cette habitante de Chapinería a passé la nuit sur un lit de camp dans un gymnase de Villaviciosa de Odón, à une trentaine de kilomètres de chez elle. « Ce n’est pas comme à la maison, il y a des chiens, des gens qui ronflent », raconte-t-elle. Comme elle, environ 200 personnes ont été évacuées vendredi. Le feu, hors de contrôle, ravage la campagne à l’ouest de Madrid. Samedi matin, le ciel restait voilé et le célèbre monastère d’El Escorial était enveloppé d’une brume grisâtre. Elvira confie avoir eu très peur : « J’ai 80 ans et je n’ai jamais vu ça! » Une peur de perdre toute sa vie partie en fumée.
Les autorités locales mesurent l’ampleur de la catastrophe. Mar Nicolás, maire de la petite ville voisine de Brunete, accueille une centaine de personnes évacuées. « Le feu a dépassé toutes les limites possibles et imaginables », constate-t-elle. Sa priorité est de sauver des vies, mais elle ne cache pas son inquiétude face à « l’immense catastrophe naturelle » en cours. Samedi, plus de 25 000 hectares avaient déjà brûlé et 60 000 personnes avaient été évacuées, selon le ministère de l’Intérieur. Dans le gymnase, des bénévoles distribuent des repas, des couvertures et organisent des jeux pour les enfants. Victoria Hurtado, 61 ans, a fui avec le vieil homme malade dont elle s’occupe. Ils n’ont emporté qu’un petit sac de vêtements et de médicaments. « Ils nous ont accueillis à bras ouverts », dit-elle, mais elle ne sait pas quand elle pourra rentrer.
Antonio-Luis Rodriguez, lui, a passé la nuit avec son fils dans le même gymnase. Parti sans rien, il s’inquiète pour sa chienne restée dans sa ferme, à San Martín de Valdeiglesias. Très affecté, il critique le manque de débroussaillage autour des champs. « Il a beaucoup plu cet hiver, les pâturages étaient très hauts », explique-t-il. Il pointe aussi l’abandon de nombreuses exploitations agricoles. Résultat, les friches s’embrasent facilement. Lui-même avait mis des brebis dans ses champs pour nettoyer la végétation. Grâce à elles, sa ferme tient peut-être encore debout, mais les parcelles autour ont été carbonisées. Il en est convaincu : laisser plus de troupeaux de chèvres et de moutons dans les montagnes aiderait à limiter les incendies. Ces feux violents, qui touchent aussi la France, sont alimentés par la sécheresse et les vagues de chaleur exceptionnelles qui frappent l’Europe de l’Ouest depuis juin.
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