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Ils ont traversé la Manche, Londres les a renvoyés en France

Des exilés arrivés au Royaume-Uni par la Manche sont renvoyés en France après plusieurs semaines de détention. Hamedullah et Yunes racontent leur impasse.

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Ils ont traversé la Manche, Londres les a renvoyés en France

Des exilés arrivés au Royaume-Uni par la Manche sont renvoyés en France après plusieurs semaines de détention. Hamedullah et Yunes racontent leur impasse.

Depuis le 6 août 2025, un accord franco-britannique a changé la donne sur les côtes de la Manche. Ce dispositif dit « un pour un » permet à Londres de renvoyer en France les migrants arrivés irrégulièrement sur son sol, en échange de l’accueil légal d’autres demandeurs d’asile venus de l’Hexagone. À la fin juin, 1 087 personnes avaient ainsi été réexpédiées en France, tandis que 1 117 autres avaient été admises au Royaume-Uni. Le but affiché était d’atteindre 2 600 admissions, mais le compte n’y est pas. Prolongé jusqu’en octobre, cet accord a été présenté comme une arme dissuasive contre les passeurs et les traversées.

En 2025, plus de 41 000 personnes ont traversé la Manche sur de petites embarcations. Au premier semestre 2026, les traversées ont baissé de 41 % par rapport à la même période en 2025, mais ces chiffres restent partiels et l’été pourrait changer la donne. Chaque année, des dizaines de migrants meurent en mer. Les associations dénoncent un « marchandage migratoire honteux », contraire aux textes internationaux sur les droits des réfugiés. Les critères de renvoi en France, eux, demeurent très flous.

Hamedullah est de ceux-là. Ancien soldat de l’armée afghane, il a fui son pays à l’arrivée des talibans en août 2021. Sa femme et ses deux enfants sont restés au Pakistan, pendant que lui tentait d’entrer en Europe par la Turquie puis la Bulgarie, une douzaine de fois. Frappé, mordu, il finit par passer. Arrêté en Autriche en juin 2022, il dépose une demande d’asile refusée à deux reprises. Les règles de Dublin l’empêchent alors de redéposer une demande dans l’Union européenne pendant dix-huit mois, un délai porté à trois ans avec le nouveau pacte européen sur l’asile et la migration. Recours épuisés en février, il a choisi l’Angleterre. « Je ne savais plus où aller », dit-il.

À Dunkerque, il a payé 1 500 euros à des passeurs pour rejoindre la côte anglaise, située à une trentaine de kilomètres. Une première tentative est bloquée par la police. La deuxième, en avril, réussit. Huit heures dans l’eau, puis une chaloupe, puis Douvres. Sur place, les familles, les femmes et les mineurs isolés sont dirigés vers des hôtels pour déposer une demande d’asile. Les hommes seuls, comme lui, sont arrêtés. Il se retrouve dans un centre de rétention près de l’aéroport d’Heathrow, avec environ 350 autres personnes. « Tout le monde est déprimé, il n’y a rien à faire. On mange et on attend », raconte-t-il. Il y a bien une télévision, réglée sur une seule chaîne, et un avocat avec qui il discute trente minutes. Cinquante-et-un jours plus tard, il est renvoyé en France.

Après quelques semaines dans un foyer à Paris, Hamedullah est orienté vers Bordeaux. Sa nouvelle demande d’asile a peu de chances d’aboutir. On lui dit qu’il sera renvoyé en Autriche, le pays qui l’a déjà débouté. « Je n’ai commis aucun crime, j’ai été solidaire des forces étrangères, que dois-je faire ? », demande-t-il. Il répète qu’il est perdu.

Yunes, lui, a 33 ans et vient du Yémen. Son frère cadet Yacine a 24 ans. Tous deux souffrent d’une maladie des yeux invalidante et disent avoir fui les rebelles houthis en 2023. Leur route passe par l’Égypte puis la Syrie, où un réseau de drogue les menace de mort et les oblige à cacher des stupéfiants. Pour échapper à cette pression, ils décident de rejoindre l’Angleterre, où vit leur sœur, devenue citoyenne britannique. « Je ne connaissais pas l’existence de cet accord, je veux juste qu’on me protège », explique Yunes.

À leur arrivée, les autorités britanniques les reçoivent dans un camp avec des gâteaux et du jus d’orange. Quelques heures plus tard, ils doivent raconter leur parcours et leurs raisons de vouloir rester. « Mon frère est très malade, mais personne ne nous écoute », dit Yunes. Dès le lendemain, la menace du renvoi se précise. Un représentant du ministère de l’Intérieur le traite de criminel pour être entré illégalement. Yunes répond que ses demandes de visa n’ont jamais abouti et qu’il n’avait pas d’autre choix. « J’ai l’impression d’être dans un film, que l’on se joue de nous », s’indigne-t-il. Il ignore pourquoi les deux frères ont été choisis parmi les 60 passagers de l’embarcation. Leur sœur supplie les gardiens, sans effet.

Le 28 mai, après plusieurs semaines d’attente, Yunes et Yacine sont renvoyés en France, puis conduits dans un centre pour migrants à Bourges. Là, ils attendent la réponse à leur demande d’asile, guère optimistes. Ils se demandent ce qui se passera si la réponse est encore négative. Comme Hamedullah, ils ont le sentiment d’être traités comme des objets encombrants, dont chaque pays chercherait à se débarrasser. Sans trouver d’issue à leur errance.

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