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Les pays baltes se transforment en atelier high-tech de la défense

La guerre en Ukraine a bouleversé l’industrie de l’armement en Lituanie, en Lettonie et en Estonie. Des drones guidés sans GPS aux équipements testés sur…

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Les pays baltes se transforment en atelier high-tech de la défense

La guerre en Ukraine a bouleversé l’industrie de l’armement en Lituanie, en Lettonie et en Estonie. Des drones guidés sans GPS aux équipements testés sur le front, les jeunes pousses locales jouent leur propre partie.

Quand la Russie envoie ses troupes en Ukraine, Rapolas Markevicius dirige un fonds d’investissement en Lituanie. Ce pays du flanc est de l’Otan, voisin de la Russie, se demande s’il sera le prochain sur la liste. Quatre ans et demi plus tard, il a fondé Pdkinematics avec un ancien du secteur spatial. La jeune entreprise conçoit des systèmes de guidage de précision pour drones, capables de viser juste même quand le brouillage GPS parasite le signal. Ses équipements partent vers l’Ukraine et vers des alliés européens. Pour lui, l’invasion russe a agi comme un appel à l’action.

Il n’est pas seul. Dans les pays baltes, une vague d’entrepreneurs de la défense a débarqué pour combler les vides laissés par l’industrie militaire classique. Sortie d’une économie soviétique il y a quelques décennies, la région a déjà fait naître des entreprises connues dans le monde entier comme Vinted, Bolt ou Skype. Aujourd’hui, elle se tourne vers les drones, les robots et les technologies de combat. Les menaces venues de Russie et de son allié bélarusse sont multiples, des incursions de drones dans l’espace aérien aux cyberattaques. Il faut donc inventer vite, mais aussi préparer la production de masse.

Les gouvernements locaux ont suivi le mouvement. La Lituanie consacre 5,3% de son PIB à la défense, la part la plus élevée des 32 pays de l’Otan. Chaque mois, les forces armées ouvrent leurs terrains et leur espace aérien aux jeunes entreprises pour des essais. L’Ukraine apporte une autre forme de retour d’expérience, celle du champ de bataille réel. Elvinas Kukys, fondateur de Luna Robotics, l’affirme sans détour. On peut tester son produit avec des soldats ukrainiens, lituaniens ou n’importe quels soldats de l’Otan. Cet écosystème attire des investisseurs étrangers. Mario Bikarski, analyste chez Verisk Maplecroft, estime que les pays baltes ont appris à restructurer leur économie et à investir sérieusement dans la défense. Selon lui, ils comptent désormais parmi les mieux préparés face aux attaques de nouvelle génération.

Ce dynamisme a ses limites. Milan Trajkovic, analyste chez Fitch, ne croit pas qu’une poignée de jeunes entreprises suffira à stopper une offensive russe. Mais elle complique sérieusement la tâche d’un agresseur. Côté image, la proximité avec la Russie reste un frein pour certains investisseurs. Elijius Cevelis dirige une agence publique lituanienne chargée d’attirer les capitaux étrangers. Il résume la situation en parlant d’une nouvelle normalité. Pour rassurer, il mise sur des rencontres entre investisseurs et ministères, parfois autour d’informations sensibles. Les signes visibles sont là, dit-il. Des soldats internationaux, des blindés, des véhicules militaires, tout ce qui manquait avant. La région aborde une époque qu’elle n’a pas choisie, mais qu’elle affronte les yeux ouverts.

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