Europe
Ceuta, le réveil douloureux de l’Europe face à l’immigration
Des milliers de migrants ont franchi la frontière de Ceuta et l’UE se déchire. Les ministres de l’Intérieur vont tenter de recoller les morceaux mardi.

Des milliers de migrants ont franchi la frontière de Ceuta et l’UE se déchire. Les ministres de l’Intérieur vont tenter de recoller les morceaux mardi.
Quand des dizaines de milliers de personnes ont déferlé sur cette enclave espagnole d’Afrique du Nord, l’Europe a pris peur. Les images de migrants marchant le long de la plage ou nageant vers Ceuta ont fait le tour du monde. Et immédiatement, les vieilles fractures migratoires ont ressurgi avec une rare intensité.
Deux lignes s’affrontent. D’un côté, l’Espagne de Pedro Sanchez, qui défend une approche ouverte et se sent lâchée par ses alliés. De l’autre, plusieurs États membres emmenés par l’Italie et le Danemark, qui réclament une ligne bien plus dure. Ces pays dénoncent une immigration qui échappe à tout contrôle et y voient une menace pour le continent. Ils sont même allés jusqu’à exiger l’exclusion de Madrid de l’espace Schengen. Une demande très forte politiquement, mais juridiquement intenable, puisque Ceuta elle-même n’appartient pas à cet espace.
Le chef du gouvernement espagnol a répondu par une lettre extrêmement remontée contre l’attitude de ces partenaires, qu’il juge égoïste, et il a réclamé une réunion à 27. Quelques heures plus tard, vingt-deux pays, menés par l’Italie, le Danemark, l’Allemagne ou la Hongrie, ont envoyé leur propre texte pour demander une visioconférence. Avec un objectif bien différent, continuer à pousser leur vision ferme. La France, elle, n’a pas signé cette initiative. Elle estime que cette manœuvre instrumentalise la crise et rappelle que l’immense majorité des migrants déjà été renvoyés au Maroc.
L’explication entre ministres s’annonce rude. L’Espagne a déjà fait savoir sa frustration face au manque de solidarité de certains pays, pendant que d’autres lui reprochent d’avoir donné l’impression que ses frontières étaient grandes ouvertes. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, se réjouit pour sa part que tout le monde se parle enfin. Elle plaide pour une réponse commune et propose de renforcer la surveillance aux frontières, avec des barrières physiques si nécessaire. Une politique déjà bien engagée depuis plusieurs mois, car Bruxelles a nettement durci ses règles et autorise désormais l’envoi de déboutés de l’asile dans des centres situés hors de l’Union, ces fameux hubs de retour.
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