Planète
Classés sans suite change de cap pour protéger les victimes
La plateforme qui permettait aux victimes de violences sexuelles de témoigner anonymement ne les autorisera plus à citer le nom de leurs agresseurs. Une…


La plateforme qui permettait aux victimes de violences sexuelles de témoigner anonymement ne les autorisera plus à citer le nom de leurs agresseurs. Une décision prise face au risque de poursuites judiciaires, qui relance le débat sur la présomption d’innocence et la liberté de parole.
Le collectif à l’origine de Classés sans suite l’annonce ce jeudi. À partir de maintenant, il sera impossible de nommer son agresseur présumé dans un témoignage. Pourquoi ce revirement brutal ? Parce que même quand une plainte a été déposée, même quand une enquête est ouverte, la personne qui accuse peut se retrouver attaquée en justice. « C’est cette asymétrie que nous combattons », explique Clémence Andrieux, membre du collectif. Elle ajoute que le but n’est pas de rendre un verdict, mais de ne pas laisser des personnes vulnérables exposées à ce risque.
La plateforme avait été lancée quelques jours après la mort de Lyhanna, 11 ans, et la mise en examen de Jérôme Barella, déjà visé par plusieurs plaintes pour violences sexuelles. En très peu de temps, plus de 5 600 personnes ont raconté leur histoire. Des agressions, des viols, de l’inceste. Le tout de manière anonyme. Au départ, les témoignages pouvaient inclure le nom de l’agresseur. Une liberté que le collectif justifiait en estimant que la parole sur sa propre expérience ne remettait pas en cause la présomption d’innocence. Mais la réalité juridique a rattrapé cette position.
Cette décision ne fait pas l’unanimité. Des avocates engagées comme Anne Bouillon comprennent le besoin de s’exprimer, mais rappellent que la justice doit passer par les tribunaux, pas par une plateforme. Même son de cloche du côté d’associations comme Mouv’enfants. Son président, Arnaud Gallais, lui-même victime d’inceste, explique qu’il a balancé le nom d’un de ses agresseurs seulement après sa mort. Pour les autres, il refuse, car il ne leur souhaite pas de recevoir des menaces ou des messages de haine. Le collectif, lui, assume. L’objectif principal reste de « rendre visible l’invisible », en montrant les défaillances de la justice et de la société, qui selon lui protège davantage les agresseurs que les victimes.
Sur la plateforme, chacun peut toujours livrer son témoignage avec l’année, le lieu et le statut de l’affaire. Plainte déposée ou non, car beaucoup de victimes n’osent pas franchir le pas. Les récits restent puissants, comme celui d’une Rennaise agressée dans un parking près de son lycée en 2013, ou d’une autre qui décrit des violences subies de 7 à 9 ans par son demi-frère, avec une plainte classée sans suite. Un rappel glaçant. En 2023, selon le ministère de la Justice, 70 % des plaintes pour viol en France sont classées sans suite. Pour le collectif, l’anonymisation ne retire rien à la force de ces témoignages. Les faits sont là, les motifs de classement aussi.
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