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Ces vieux mots d’argent qui nous parlent encore

Notre langue garde la mémoire sonore des pièces qu’on compte, des bourses qu’on serre et des dettes qu’on évite. Derrière des expressions comme «avoir…

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Ces vieux mots d'argent qui nous parlent encore

Notre langue garde la mémoire sonore des pièces qu’on compte, des bourses qu’on serre et des dettes qu’on évite. Derrière des expressions comme «avoir pignon sur rue» ou «mettre au clou», se cache toute une histoire économique et sociale qui révèle notre rapport à l’argent.

D’abord, certaines expressions anciennes racontent la réussite et les moyens de gagner de l’argent. «Avoir pignon sur rue» vient de l’époque où posséder une boutique avec une enseigne visible sur la rue signifiait une installation stable et une certaine aisance commerciale. Aujourd’hui l’expression désigne surtout une réputation locale, mais on oublie souvent qu’elle portait à l’origine une signature financière concrète. Autre expression «battre monnaie»: au sens propre, c’était l’action de fabriquer des pièces, au figuré, profiter d’une opportunité pour se faire de l’argent. Quant au «denier comptant», il correspond à notre paiement cash: des pièces sonnantes immédiatement échangées, sans crédit ni promesse, une manière de payer sans laisser d’ardoise.

La langue française a aussi des mots pour décrire la gestion des finances ou le manque d’argent. «Thésauriser» vient du grec «trésor» par le latin et désigne une accumulation presque obstinée, plus qu’une simple épargne. Aujourd’hui encore, la Banque de France utilise ce verbe pour mesurer la tendance des Français à garder des espèces chez eux, signe de leur confiance dans le système monétaire. «Faire la bourse» renvoie au petit sac où l’on rangeait ses pièces: c’était concrètement compter et organiser son argent, avec l’espoir que la bourse reste lourde. La variante «tenir les cordons de la bourse» illustre toujours la gestion rigoureuse d’une personne qui pilote un budget, seul ou en couple. Et lorsque l’on est à court d’espèces, on utilise une expression très actuelle: le mot «espèces» vient en réalité du terme «épices», produits jadis si précieux qu’ils se payaient à prix d’or.

Enfin, des expressions plus populaires racontent les moments difficiles. «Mettre au clou» désigne l’action de déposer un objet en gage au Mont-de-Piété pour obtenir de l’argent. Le «clou» fait référence à la pratique d’accrocher les gages. Cette expression typiquement parisienne du XIXe siècle était particulièrement employée en fin de mois, quand les finances s’épuisaient. Toutes ces formules sont autant de traces d’une économie très concrète: celle des bourses que l’on noue, des pièces que l’on compte, des dettes que l’on évite. À travers elles, l’argent devient un révélateur de nos prudence, nos vanités ou nos obsessions.

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