Europe
Ces ossements retrouvés dans un champ de tournesols ravivent la plaie entre la Pologne et l’Ukraine
Des archéologues exhument les restes de civils massacrés il y a huit décennies en Volhynie. Une découverte qui relance un douloureux débat mémoriel entre…

Des archéologues exhument les restes de civils massacrés il y a huit décennies en Volhynie. Une découverte qui relance un douloureux débat mémoriel entre Varsovie et Kiev.
Au milieu des tournesols, des squelettes sont alignés sous une tente blanche. Ici, près de la frontière polonaise, des experts mesurent les os, recollent des crânes brisés et tentent d’identifier les victimes. Ces corps sont ceux de villageois tués pendant la Seconde Guerre mondiale, à une époque où ces champs abritaient encore deux communautés. Aujourd’hui, il ne reste presque rien d’elles. Une croix de bois de bouleau plantée près des tombes est l’un des rares témoignages de leur existence.
Entre 1943 et 1945, l’Armée insurrectionnelle ukrainienne, connue sous le sigle UPA, a massacré des dizaines de milliers de civils polonais dans cette région appelée Volhynie. Les historiens évoquent entre 70 000 et 100 000 morts. Varsovie parle de génocide contre la minorité polonaise. L’Ukraine, elle, qualifie ces événements de tragédie de guerre et souligne que des Ukrainiens ont également été tués en représailles. Cette lecture divergente de l’histoire empoisonne durablement les relations entre les deux voisins.
Sur le site de fouilles, les découvertes sont bouleversantes. Plus de cinquante corps ont déjà été exhumés. Entre 30 et 40% d’entre eux sont des enfants. Les restes sont souvent en désordre, comme si les corps avaient été jetés dans les fosses sans ménagement. Chapelets, médailles religieuses et chaussures émergent aussi de terre. Olga Mineiko, une anthropologue du Centre ukrainien de la mémoire et de la recherche, raconte que les corps étaient entassés pêle-mêle. Les victimes ont marché pieds nus jusqu’à leur dernière demeure, sans effets personnels. Karol Polejowski, vice-président de l’Institut polonais de la mémoire nationale, veut leur rendre leurs noms et leurs prénoms, pour honorer ceux qui ont été assassinés ici. Des analyses ADN sont en cours et les Polonais qui pensent avoir perdu des proches sont invités à fournir leur matériel génétique.
Le sujet reste extrêmement sensible. Cette année, une polémique a éclaté lorsque le président ukrainien Volodymyr Zelensky a donné à une unité militaire le nom de l’UPA. Une décision que Varsovie a mal prise. En représailles, le président nationaliste polonais Karol Nawrocki a retiré à son homologue ukrainien la plus haute distinction nationale. En Pologne, cette question enflamme aussi le débat politique avant des élections législatives. Certains partis cherchent à attiser le sentiment anti-ukrainien, alors que le pays accueille des centaines de milliers de réfugiés de guerre.
Pourtant, malgré les tensions, les gouvernements semblent vouloir avancer. Volodymyr Zelensky a promis d’ouvrir des documents de renseignement classifiés. Les deux parties considèrent les exhumations comme un premier pas vers une réconciliation. Fin août, une cérémonie doit être organisée pour offrir une sépulture digne à ceux qui ont été retrouvés. Selon Karol Polejowski, ces morts doivent rester dans cette terre, là où ils ont vécu, rêvé et construit leur vie. Un champ de tournesols redeviendra peut-être un lieu de mémoire apaisé.
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