Europe
Ceuta retient son souffle après l’arrivée massive de migrants
L’enclave espagnole d’Afrique du Nord vit au ralenti après une nuit marquée par l’arrivée de quelque 60 000 migrants. Commerces fermés, pain introuvable…


L’enclave espagnole d’Afrique du Nord vit au ralenti après une nuit marquée par l’arrivée de quelque 60 000 migrants. Commerces fermés, pain introuvable et fêtes annulées, Ceuta fait face à une situation inédite.
Ceuta, petite ville espagnole posée sur la côte nord-africaine, a basculé dans un quotidien étrange. Sur la Calle Real, la principale artère commerçante, les rideaux de fer restent baissés. Les rues, habituellement remplies de riverains, sont désormais parcourues par des migrants qui déambulent sans repères. Seules les pharmacies et une enseigne de restauration ont gardé leurs portes ouvertes.
L’arrivée de près de 60 000 personnes en une seule nuit a bouleversé cette ville d’environ 84 000 habitants. Beaucoup de migrants ont rejoint Ceuta à la nage, contournant la petite barrière frontalière qui s’avance dans la Méditerranée. Des hommes, des femmes et des enfants sont arrivés en abandonnant derrière eux bouées et vêtements trempés. L’inquiétude gagne les habitants. Certains passent la nuit éveillés pour surveiller leurs rues et leurs maisons. Un agent municipal raconte que le pain commence à manquer parce que les boulangeries ont fermé. Des migrants arrêtent les voitures pour demander de l’eau, de l’argent ou un téléphone afin de prévenir leurs familles. Les organisations patronales locales ont conseillé aux commerçants de rester fermés tant que la sécurité n’est pas garantie.
Parmi les migrants, la déception est tout aussi grande. Un chauffeur de taxi raconte que plusieurs d’entre eux lui ont dit vouloir rentrer faute de nourriture. « Il n’y a rien ici, on galère déjà », résume-t-il. Lui et ses voisins ont monté la garde jusqu’au petit matin pour éviter les vols. Il confie aussi que ses nièces ont peur. Une habitante compare ce climat à celui de la pandémie, quand sortir dans la rue semblait dangereux.
La situation reste tendue. Plus de 37 000 personnes sont déjà reparties volontairement vers le Maroc, tandis que la police raccompagne certains groupes vers la frontière, parfois sous la menace de matraques. Le gouvernement régional a annulé les fêtes patronales prévues ce week-end. Sur le terrain de la fête foraine, les autos tamponneuses et les manèges sont restés sous leurs bâches de protection. Ceuta, confrontée à l’une des plus importantes arrivées de son histoire récente, attend désormais que la pression retombe pour tenter de reprendre une vie normale.
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