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Des bourses du travail poussées vers la sortie

À Arles, un maire a obtenu le droit de reloger la CGT dans deux pièces minuscules. Ces lieux centenaires où les salariés viennent chercher conseil sont de…

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Des bourses du travail poussées vers la sortie

À Arles, un maire a obtenu le droit de reloger la CGT dans deux pièces minuscules. Ces lieux centenaires où les salariés viennent chercher conseil sont de plus en plus convoités par les municipalités.

Le tribunal administratif de Marseille a tranché. Patrick de Carolis, le maire Horizons d’Arles, peut poursuivre son projet de requalification de la bourse du travail. L’édile veut y installer le futur office de tourisme. En attendant, l’union locale de la CGT, qui occupait 400 m², devra se contenter de deux bureaux de 11 m² chacun. Le jugement écarte toute atteinte à la liberté syndicale. La CGT, elle, voit rouge. Le syndicat doit quitter les lieux sous peine d’une astreinte de 50 euros par jour. Il a demandé au ministre du Travail un moratoire immédiat, non seulement pour Arles, mais aussi pour toutes les situations similaires.

La réponse du ministère ne fait pas illusion. Le cabinet explique que le pouvoir de décision appartient au maire, car les murs appartiennent aux villes. Ce sont elles qui négocient les conventions d’occupation avec les syndicats, avec renouvellement à la clé ou pas. Le ministre se dit très attaché à ce que les syndicats puissent exercer librement leurs activités. Il rappelle le rôle majeur des bourses du travail dans l’accès au droit, au plus près des citoyens. Mais cette position de principe ne débloque rien. Dans le même temps, il a confié une mission au maire de Sceaux, Philippe Laurent, pour faire l’état des lieux de ces bâtiments et proposer des recommandations. Objectif, maintenir ce patrimoine vivant.

D’autres collectivités sont sur la même ligne. À Carcassonne, le nouveau maire RN Christophe Barthès veut déloger les syndicats de la bourse du travail. Il assure qu’il respecte la liberté syndicale, mais ajoute que le temps où l’on profitait des largesses de ceux que l’on dénigre, c’est terminé. La CFDT et la CGT affichent leur détermination à faire barrage à l’extrême droite. Les cinq centrales représentatives, CFDT, CGT, CFE-CGC, FO et CFTC, rappellent d’une même voix que la garantie durable de ces lieux est essentielle au dialogue social. La CGT avance un chiffre alarmant. Soixante bourses du travail ou maisons de syndicats seraient aujourd’hui attaquées frontalement en France, contre trente-quatre en 2024.

Pour comprendre ce que l’on s’apprête à perdre, il faut revenir aux origines. L’historienne Danielle Tartakowsky, autrice du livre « Les syndicats en leurs murs », rappelle que les bourses du travail sont nées dans les années 1890. À l’époque, elles servaient de bourses de placement. Elles jouaient le rôle que France Travail remplit aujourd’hui, en collectant les emplois disponibles. Puis elles sont devenues des lieux de formation professionnelle, des salles de spectacle, et surtout des guichets de conseils juridiques. Cette fonction demeure cruciale, notamment dans les zones où le syndicalisme a disparu des entreprises. Il y a des déserts syndicaux, et ces maisons permettent d’y répondre. Toutes les bourses ne se ressemblent pas. Certaines ont déjà quitté les centres-villes dans les années 1970 et 1980, lorsque des municipalités ont proposé aux syndicats des locaux adaptés, souvent dans des zones industrielles. Et la mobilisation porte parfois ses fruits. En 2025, le Conseil de Paris s’est opposé au projet de reconversion d’une annexe de la Bourse du travail de la rue de Turbigo en logements sociaux et centre d’hébergement d’urgence.

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