Société
La parole des enfants victimes ne peut plus attendre
L’unité qui recueille la parole des mineurs victimes de violences est débordée après l’affaire Lyhanna. Visite d’un lieu pensé pour éviter un second…


L’unité qui recueille la parole des mineurs victimes de violences est débordée après l’affaire Lyhanna. Visite d’un lieu pensé pour éviter un second traumatisme.
Derrière le vaste hôpital de Corbeil-Essonnes se cache une petite structure pas comme les autres. Chaque jour, des enfants victimes de violences y sont entendus par des soignants et des enquêteurs. Leur parole compte. Mais depuis quelques semaines, les demandes se multiplient. L’affaire Lyhanna, cette fillette de 11 ans découverte sans vie dans le Gers, a tout bouleversé. La responsable de l’unité, Barkissa Bance, voit le nombre d’auditions à programmer tripler. Les délais s’allongent et l’équipe doit s’adapter.
Cette unité d’accueil pour enfants en danger, connue sous l’acronyme Uaped, a ouvert ses portes en novembre 2024. L’an dernier, elle a reçu 209 mineurs. Dans plus de la moitié des cas, leur venue était ordonnée par la justice. Les enfants arrivent ici après des violences physiques, sexuelles ou psychologiques. Certains ont simplement assisté à des actes terribles, comme des violences conjugales ou un homicide au sein d’un couple. Suite à la mort de Lyhanna, le ministre de la Justice a demandé aux parquets de tout le pays de réexaminer les dossiers de violences sexuelles sur mineurs. Une auxiliaire de puériculture doit bientôt rejoindre l’équipe déjà composée de soignants, de médecins légistes et d’enquêteurs.
Le bâtiment préfabriqué abrite une salle d’attente aux murs couverts de dessins d’enfants. Sirènes, super-héros et animaux colorés rassurent les plus petits. Ici, tout est pensé pour éviter de faire revivre l’horreur. Christelle Pierrot, pédiatre, rappelle que l’objectif est de regrouper l’audition, les examens et le suivi médical en un seul lieu. Un enfant ne doit pas répéter dix fois son histoire. Pour Barkissa Bance, chaque récit ravive la souffrance. Dans la salle d’audition, une table transparente permet aux adultes de voir les signes d’angoisse. Une jambe qui tremble, des mains qui se serrent. Rien n’est caché. Les victimes sont parfois très jeunes. En 2025, plus d’un tiers des enfants reçus avaient moins de 6 ans. La durée d’une audition varie de vingt minutes à une heure et demie selon l’âge.
Mais comment obtenir une parole fiable sans briser l’enfant ? L’affaire Lyhanna a mis en lumière des auditions ratées, qui peuvent faire échouer toute une enquête. Une méthode reconnue existe, le protocole NICHD, qui privilégie la confiance et les questions ouvertes. Malheureusement, tous les enquêteurs ne sont pas formés à cette approche. Barkissa Bance le déplore. Le médecin-chef Sébastien Rouget va plus loin. Selon lui, libérer la parole des enfants ne suffit pas. Encore faut-il que la protection de l’enfance et la justice puissent prendre le relais. Sans une chaîne complète qui répond aux révélations, la parole perdue fait plus de mal que bien. C’est tout l’enjeu de cette unité, qui court contre la montre pour offrir aux enfants un espace où se dire, sans avoir à renoncer à l’espoir d’être protégés.
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