Faits Divers
Devant les juges, Othman Garrido vacille quand revient la décapitation d’Al-Qaryatayn
Il jure n’avoir jamais tué personne et n’avoir jamais pris part à une exécution. Lundi, confronté aux images de la mise à mort publique de deux Iraniens…


Il jure n’avoir jamais tué personne et n’avoir jamais pris part à une exécution. Lundi, confronté aux images de la mise à mort publique de deux Iraniens en Syrie, ce jihadiste français de 32 ans a perdu de sa superbe devant la cour d’assises de Paris.
Depuis l’ouverture de son procès, Othman Garrido soignait son personnage. Discours bien charpenté, récit d’une déradicalisation modèle, volonté évidente de convaincre. Pendant une semaine, l’homme de 32 ans, originaire de Montpellier, a déroulé cette partition sans fausse note. Il faut dire qu’il joue gros. Il est soupçonné d’avoir été l’un des bourreaux du groupe Etat islamique, cette organisation qui a imposé un « califat » entre Syrie et Irak de 2014 à 2019. Lundi, quand la cour a planté le décor des faits, la façade s’est fissurée.
Ce qui revient sur la table, c’est une scène du 13 septembre 2015 à Al-Qaryatayn, dans le centre de la Syrie. Ce jour-là, deux Iraniens sont suppliciés en public. Des images existent, retrouvées dans un téléphone qui aurait appartenu à son épouse. On y voit l’accusé embarqué dans le pick-up qui conduit les deux condamnés vers leur dernier voyage. Puis on le découvre posant devant les cadavres, sourire aux lèvres, les mains sur les épaules des deux bourreaux, les jihadistes français Oumar Diaw et Yacine Rettoun, tous deux décédés depuis.
L’intéressé, lui, maintient n’avoir « jamais tué quelqu’un », n’avoir « jamais participé à une exécution ». De cette journée, il dit seulement que c’est « la seule scène » de son parcours en Syrie, où il a vécu de 2012 à 2020, qui l’a marqué. Il en cauchemarde encore, assure-t-il. Le problème, c’est que le récit précis ne vient pas. Et que sa version a changé plusieurs fois pendant l’enquête. D’abord des dénégations, puis des aveux d’avoir assisté à la mise à mort, une fois les clichés devenus trop lourds à écarter.
Sa version, la voici. Il aurait rejoint Al-Qaryatayn pour un « festin » célébrant la prise de la ville par l’EI. Au fil des discussions, il comprend que deux « miliciens chiites », des combattants iraniens épaulant Bachar al-Assad, vont être exécutés. Comment s’est-il retrouvé dans le pick-up, entouré d’autres jihadistes, avec les deux hommes en tenue bleue, les yeux bandés, les mains liées dans le dos ? Il ne sait plus. Il répète n’avoir pas touché « un seul cheveu » de ses deux prisonniers. Et son sourire devant les corps sans vie ? « Tout le monde sourit, je souris. Les gens lèvent le doigt, je lève le doigt, les gens disent Allah Akhbar, je dis Allah Akhbar. »
La présidente a alors raconté l’exécution dans ses moindres détails. La tête du premier Iranien tranchée d’un seul coup. Le second « fini au couteau », avant que sa tête ne soit arrachée à mains nues. Et la foule qui pousse des cris de joie. « Vous avez crié avec les autres ? » « Oui, Madame la présidente. » Garrido admet aussi n’avoir rien fait pour empêcher ce crime, rien dit pour le dénoncer. Mais il balaie toute responsabilité lourde, expliquant n’avoir « en aucun cas » tenu « un rôle majeur » et n’avoir pas été « impliqué plus » que ce qu’il vient de décrire.
Reste la photographie qui lui vaut sa mise en accusation pour assassinat. Un cliché sans date ni lieu identifié, montrant un homme au visage en partie masqué, posant avec une tête décapitée à ses pieds. Une expertise réclamée en urgence la semaine passée n’a pas permis de le reconnaître formellement. « C’est vous sur la photo ? », lance l’avocat général dans un échange tendu. « Non. » Alors qui est cet homme ? « Je ne sais pas », martèle l’accusé.
Plus tôt dans la matinée, il s’était longuement épanché sur ses années syriennes. Un suiveur, a-t-il plaidé, un jihadiste terrifié par la mort et par les combats, planqué dans « l’administration » de l’EI, qui achetait sa tranquillité en diffusant une propagande virulente sur les réseaux sociaux. Il a décrit un univers « où les valeurs sont inversées ». Là-bas, la norme, c’était d’épouser des mineures, ce qu’il a fait en 2013 avec une Marocaine de 13 ans. C’était de réduire des Yézidies en esclavage. C’était d’organiser de grands banquets avec des amis juste avant qu’ils aillent se faire exploser. C’était encore de trancher des têtes ou de couper la main des voleurs sur les places publiques, avec les corps des suppliciés laissés en évidence dans la rue. « À force, c’est la normalité. »
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