Monde
Ils marchent vers Kerbala malgré les bombes
Des milliers de pèlerins iraniens bravent la chaleur, la guerre et le deuil pour rejoindre l’Irak lors de l’Arbaïn, le plus grand rassemblement chiite au…


Des milliers de pèlerins iraniens bravent la chaleur, la guerre et le deuil pour rejoindre l’Irak lors de l’Arbaïn, le plus grand rassemblement chiite au monde. Une édition sous tension, marquée par la mort de leur guide suprême et les frappes qui secouent la région.
La route est longue, le soleil impitoyable. Vêtus de noir, des pèlerins avancent en file indienne, serrant contre eux des portraits d’Ali Khamenei. Certains foulent au passage une image de Donald Trump, d’autres lèvent le poing. Ils viennent d’Iran pour accomplir l’Arbaïn, ce pèlerinage qui commémore le quarantième jour de deuil de l’imam Hussein, petit-fils du prophète Mahomet. Mais cette année, rien ne ressemble aux précédentes éditions.
Amir, chauffeur de pick-up âgé de 55 ans, fait ce voyage depuis des années. Pourtant, il sent bien que quelque chose a changé. « La différence, c’est que nous sommes en guerre », dit-il au poste-frontière d’Al-Zurbatiyah. « Les Etats-Unis nous attaquent, et pourtant cette foule a tout laissé derrière elle pour être là. » Autour de lui, des familles entières marchent sous les ventilateurs qui pulvérisent une fine brume pour adoucir la chaleur. L’angoisse est là, dit-il, et l’économie du pays souffre plus que jamais. « Mais nous résisterons, même si nous devons survivre avec du pain sec. »
Les liens entre l’Irak et l’Iran, deux voisins à majorité chiite, se lisent dans chaque geste. Le long des routes, des Irakiens offrent boissons et nourriture aux marcheurs, perpétuant une tradition d’hospitalité. Mais la guerre a laissé ses traces. Quelques semaines plus tôt, la dépouille d’Ali Khamenei, tué au premier jour du conflit, a été transportée à Kerbala puis à Najaf, où des foules immenses lui ont rendu hommage. Fatemeh Moradi, 52 ans, participe à l’Arbaïn pour la cinquième fois au moins. Cette année, dit-elle, elle vient « pour notre dirigeant martyr, en son nom et au nom de tous les martyrs ». Elle a perdu de nombreux proches pendant la guerre, mais pour elle, « le martyre est une source de fierté ».
Dans les rangs, les visages sont marqués mais déterminés. Hamed Kameli, électricien de 39 ans, a quitté la ville sainte de Qom pour Kerbala, une première en sept ans. « En raison de l’agression contre mon pays, notre présence ici est forcément très différente », confie-t-il. « Nous n’abandonnerons jamais notre pays, nous vengerons notre dirigeant. » Les autorités irakiennes comptent environ 3,5 millions de pèlerins étrangers déjà entrés sur leur territoire. Tous marchent vers la même ville, la même mémoire, celle d’une bataille vieille de treize siècles qui continue d’éclairer le présent. Sous le soleil écrasant, entre les portraits des morts et les échos des frappes, l’Arbaïn de cette année dit une chose simple et lourde : la foi ne plie pas, même quand le ciel tremble.
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