Europe
Ceuta renvoie les migrants au Maroc et garde l’Europe en alerte
L’Espagne affirme que la plupart des arrivants à Ceuta sont déjà repartis au Maroc. La crise a rouvert un débat brûlant entre Paris, Rome et Madrid.


L’Espagne affirme que la plupart des arrivants à Ceuta sont déjà repartis au Maroc. La crise a rouvert un débat brûlant entre Paris, Rome et Madrid.
Ceuta a vu déferler, puis refluer, une foule venue du Maroc. Le gouvernement espagnol assure que la presque totalité des migrants entrés dans l’enclave ces derniers jours sont déjà repartis. Le va-et-vient se poursuit sous la surveillance de l’armée et de la Garde civile, dans une épaisse brume. Certains, à bout de forces, s’écroulent sur la plage dès qu’ils ont touché le sable.
Ce territoire espagnol de 84 000 habitants, accroché à la côte nord du Maroc, a été submergé par une migration très majoritairement marocaine, faite de jeunes hommes et d’adolescents. Les bilans oscillent entre 50 000 et 60 000 passages selon que l’on se fie à Madrid ou aux autorités locales. Un chiffre énorme pour une si petite enclave. La traversée a été mortelle pour au moins 34 personnes, noyées pour beaucoup d’entre elles.
Soufiane, un Marocain de 42 ans, a risqué le passage pour une raison personnelle. Il a expliqué que la frontière était réputée ouverte et qu’il avait nagé trois à cinq minutes jusqu’à Ceuta, avec l’espoir de gagner Madrid pour revoir sa mère, malade d’une leucémie. Son histoire raconte aussi le désir de beaucoup de candidats à l’exil, qui veulent monter vers l’Espagne parce qu’ils ne trouvent pas d’avenir au Maroc.
Côté espagnol, la réponse se met en place. Une barrière pneumatique de 500 mètres est déployée en Méditerranée pour bloquer les nageurs, et le centre d’accueil de Ceuta reste fermé, l’accès étant barré par la police. Des centaines de migrants attendent toujours devant, beaucoup d’entre eux venus d’Afrique subsaharienne. Sur place, la visite du Premier ministre a laissé des traces, des habitants lui reprochant de ne pas avoir protégé Ceuta, l’une des deux portes terrestres entre l’Afrique et l’Europe avec Melilla.
La querelle s’est étendue à l’Union européenne. L’Italie a parlé de suspendre l’Espagne de l’espace Schengen, une option soutenue par la Finlande et le Danemark, avant de rétablir des contrôles aux frontières aériennes et maritimes. La France a envoyé 334 policiers et gendarmes supplémentaires à la frontière espagnole. Madrid balaie la proposition italienne en la qualifiant de démagogique, et des juristes expliquent qu’une exclusion n’est pas prévue par le cadre juridique actuel.
Pedro Sánchez tente de baisser la pression. Il demande aux Européens de ne pas se diviser, dénonce une violation de l’intégrité territoriale de l’Espagne et renvoie vers des mafias la propagation de la rumeur d’une frontière ouverte. Son gouvernement porte une politique migratoire plus ouverte que celle de beaucoup de ses voisins, avec un plan de régularisation qui a donné lieu à près de 1,2 million de demandes. À Madrid, un rassemblement anti-migrants a eu lieu devant l’ambassade du Maroc. Depuis Washington, Donald Trump a parlé d’une invasion d’un pays et accusé l’Espagne d’efforts délibérés pour favoriser l’immigration clandestine.
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