Économie
L’Inde prend un raccourci pour entrer dans la course à l’IA
L’Inde ne fabrique ni les puces ni les modèles les plus puissants, mais elle veut devenir l’atelier des centres de données du monde entier. Câbles…

L’Inde ne fabrique ni les puces ni les modèles les plus puissants, mais elle veut devenir l’atelier des centres de données du monde entier. Câbles, transformateurs et générateurs, les premiers contrats promettent déjà de transformer son industrie
L’Inde compte 1,5 milliard d’habitants qui utilisent massivement l’intelligence artificielle, mais elle ne conçoit pas encore les cerveaux de cette technologie. Les puces et les grands modèles restent l’affaire d’une poignée de groupes américains, chinois, taïwanais, sud-coréens ou européens. Alors le pays change de stratégie. Au lieu de vouloir rivaliser sur ce terrain, ses entreprises se positionnent sur tout ce qui entoure les serveurs, des équipements peu glamour mais indispensables, comme les câbles, les transformateurs, les groupes électrogènes ou les climatiseurs.
Cette adoption ne suffit pas à protéger sa puissante industrie des services aux entreprises, ce back-office planétaire qui pèse 315 milliards de dollars par an. L’irruption de créateurs d’IA comme Anthropic, OpenAI ou DeepSeek a déjà fragilisé ce modèle, et la place financière de Bombay en a subi les conséquences. Son indice Nifty a reculé de 7%, et 27 milliards de dollars d’investissements étrangers se sont envolés. Mais cette menace a aussi poussé les firmes locales à chercher des relais de croissance, et le créneau des infrastructures a tout pour les séduire.
Ce créneau est en train de devenir central. Sterlite Technologies a passé des décennies dans les câbles télécoms avant de se mettre à produire de la fibre optique pour alimenter l’IA. Son patron, Ankit Aggarwal, parle d’une opportunité qui ne se représentera pas et d’un réseau entier à construire. Un contrat de 1,1 milliard de dollars avec un fournisseur américain de services informatiques vient de tomber, soit le quart de son chiffre d’affaires annuel. Chez HFCL, la demande est telle que le dernier trimestre, d’avril à juin, a été le meilleur de l’histoire de l’entreprise. Son directeur général, Mahendra Nahata, se souvient d’une époque où la production augmentait tous les trois à cinq ans. Aujourd’hui, il faut suivre un rythme permanent, et il compare ce mouvement à une déferlante.
Le mouvement ne se limite pas aux télécoms. TD Power Systems, spécialiste des groupes électrogènes et des moteurs diesel, a vu sa valeur boursière bondir de 68% depuis le début de l’année. MTAR Technologies, une société d’ingénierie, a fait plus que tripler la sienne depuis qu’une entreprise américaine s’est intéressée à son savoir-faire. Prateek Nigudkar, du fonds Shriram AMC, résume la logique. L’Inde n’a pas besoin de fabriquer des puces ni d’entraîner des modèles. Un centre de données a besoin de connecteurs, de transformateurs et de câbles, et les entreprises locales savent les produire. Voilà pourquoi les investisseurs commencent à s’intéresser de près à ce que les experts appellent la quincaillerie de l’IA.
Reste une ombre au tableau. La contestation autour des centres de données énergivores gagne du terrain aux États-Unis, où l’observatoire Data Center Watch compte au moins 75 projets bloqués ou retardés entre janvier et mars, pour une valeur de 130 milliards de dollars. Les industriels indiens ne baissent pas les bras. Ils rappellent que les annonces faites sur leur sol dépassent largement de quoi compenser un ralentissement américain. En un an, les entreprises américaines ont promis 57 milliards de dollars de centres de données en Inde, auxquels s’ajoutent une centaine de milliards de projets portés par les groupes locaux Adani et Reliance.
Sur place, l’accueil reste plutôt favorable. Sharad Aggarwal, patron de Sify Infinit Spaces, assure que le rejet de ces infrastructures n’en est qu’à ses premiers pas. Son entreprise exploite 16 centres, en prépare une dizaine d’autres et espère doubler sa puissance dès cette année. Mais il prévient que l’addition est lourde. Pour piloter un gigawatt, il faut trouver 5 milliards de dollars, et ces centres sont aussi voraces en capitaux qu’en électricité et en eau.
À lire aussi

Faits DiversEn Ligne 6 joursGironde sous les cendres l’incendie record menace Bordeaux
Faits DiversEn Ligne 5 joursIncendie géant en Gironde 220 000 évacués et le feu aux portes de Bordeaux
ÉconomieEn Ligne 3 joursLe feu dévore aussi les commerces du bassin d’Arcachon
Faits DiversEn Ligne 2 joursLe pari risqué d’un septuagénaire pour sauver son village des incendies
PlanèteEn Ligne 5 jours42 000 hectares en cendres le pire incendie français depuis 1949
Faits DiversEn Ligne 6 joursIls refusent de quitter leur maison malgré l’ordre d’évacuer face aux flammes
Faits DiversEn Ligne 5 joursEn Gironde un feu hors norme les pompiers retiennent leur souffle pour la cinquième nuit
PolitiqueEn Ligne 5 jours100 jours pour faire basculer le Congrès américain
















