Faits Divers
Dans les Landes, un camping vidé en une demi-heure alors que le feu approchait
Un ordre d’évacuation lancé pendant le dîner a vidé un camping de Biscarrosse en moins de trente minutes. Récit d’un été où le risque d’incendie bouscule…


Un ordre d’évacuation lancé pendant le dîner a vidé un camping de Biscarrosse en moins de trente minutes. Récit d’un été où le risque d’incendie bouscule la grande tradition française du camping.
À Biscarrosse, dans les Landes, cette terre de pins et de plages tournée vers l’Atlantique, le Domaine de la Rive a vécu une soirée très brutale. Les flammes gagnaient du terrain et le gérant du camping, Hadrien Folliot, a reçu l’ordre de faire évacuer les 1 200 vacanciers présents. Beaucoup étaient à table lorsqu’il a donné l’alerte. Ils ont laissé leur repas et rejoint les sorties. En une demi-heure, le terrain était vide. Ce professionnel, qui gère une vingtaine d’établissements dans la région, sait que le site a été épargné.
Le camping raconte à sa manière une histoire de France. Apparu outre-Manche et outre-Atlantique à la fin du XIXe siècle, il s’est vraiment imposé avec les congés payés de 1936. Il symbolise des vacances libres, en plein air, sans gros budget. L’Hexagone compte environ 7 400 campings. On y voit des enfants courir jusqu’à tard le soir, des ados y vivre leurs premières histoires et des adultes se retrouver chaque été autour d’un verre avec des voisins venus de toute la France.
Les incendies intenses de cette saison, qui ont touché le Sud-Ouest, le Var et la Corse, montrent à quel point il est difficile de concilier l’activité humaine avec un climat qui alterne sécheresse et inondations. Or beaucoup de campings sont installés en forêt, près des plages ou au bord des rivières. Nicolas Dayot, président de la Fédération nationale de l’hôtellerie de plein air, le résume simplement. Le secteur est directement exposé et doit trouver des solutions adaptées au monde actuel, pas à celui d’avant.
Sur place, les traces de l’évacuation racontent l’urgence. Le camping de Biscarrosse a été épargné par le feu. Une bouée en forme de flamant rose abandonnée, une bouteille posée sur une table pliante, quelques détails suffisent. Le gérant estime son manque à gagner à environ deux millions d’euros, soit 15 % de son chiffre d’affaires annuel. Les assurances ne prendront probablement pas cette perte en charge. En Gironde, le camping Aux Couleurs du Ferret, à Lège-Cap-Ferret, a été détruit, tandis que trois autres sites n’ont subi que des dégâts légers. Au Porge, les pompiers ont éteint des flammes à deux mètres de tentes laissées en plan. La Nouvelle-Aquitaine, qui englobe la Gironde et les Landes, concentre près de 13 millions de nuitées de camping, soit environ 10 % du total national.
Cet été sec a aussi déclenché une vague d’annulations pour la fin juillet et le mois d’août, période qui représente d’ordinaire 40 % de l’activité annuelle. Les grands groupes devraient encaisser la baisse. Les petites structures familiales risquent davantage. La profession entend replanter, réaménager, parfois déplacer des campings et mieux organiser l’accès à l’eau pour faire face aux prochains feux.
Hadrien Folliot tire un enseignement clair. On ne peut plus vivre avec la forêt comme il y a quarante ans, ni faire comme si le climat n’avait pas changé. Claire Bazin, qui préside le groupement des campeurs universitaires, invite à choisir avec soin les essences d’arbres qui seront replantées et à élargir les zones débroussaillées autour des campings. Elle rappelle aussi que le gaz reste le premier danger quand les flammes se rapprochent.
Le camping, lui, a déjà beaucoup changé. Après l’essor des années 1960 et 1970, porté par la voiture et la caravane, il a permis aux familles ouvrières de gagner les plages, la campagne et les montagnes. Le secteur s’est professionnalisé dans les années 1980. À l’époque, près de la moitié des terrains appartenaient aux municipalités. Aujourd’hui, plus de 80 % sont gérés par des acteurs privés, certains groupes en possédant 250. Les tentes ont laissé place aux mobile-homes, aux bungalows et aux yourtes, avec piscines, supérettes et boîtes de nuit. Une semaine dans un camping cinq étoiles peut coûter 2 000 euros en haute saison.
Fabien Onteniente, réalisateur de la trilogie Camping, a vu ces lieux se remplir de téléviseurs, de climatisations et de toboggans. Selon lui, cette version moderne a perdu une bonne part de son âme écologique. Mais il défend toujours l’esprit du camping, cette fraternité simple qui fait que les gens jouent ensemble, partagent et se disent à l’année prochaine. Un état d’esprit qui devra composer avec un avenir plus chaud et plus sec.
À lire aussi





Faits DiversEn Ligne 3 joursLe pari risqué d’un septuagénaire pour sauver son village des incendies



ÉconomieEn Ligne 4 joursLe feu dévore aussi les commerces du bassin d’Arcachon



Faits DiversEn Ligne 6 joursIncendie géant en Gironde 220 000 évacués et le feu aux portes de Bordeaux



PlanèteEn Ligne 6 jours42 000 hectares en cendres le pire incendie français depuis 1949



Faits DiversEn Ligne 7 joursIls refusent de quitter leur maison malgré l’ordre d’évacuer face aux flammes



Faits DiversEn Ligne 6 joursEn Gironde un feu hors norme les pompiers retiennent leur souffle pour la cinquième nuit



PolitiqueEn Ligne 6 jours100 jours pour faire basculer le Congrès américain



Faits DiversEn Ligne 6 joursLe pastis, la plage et le brasier








