Faits Divers
Le châtaignier de 500 ans que tout un village a refusé de laisser brûler
L’incendie approchait et les habitants d’El Tiemblo ont pris leurs outils pour défendre leur arbre le plus précieux. Le vieux châtaignier El Abuelo est…


L’incendie approchait et les habitants d’El Tiemblo ont pris leurs outils pour défendre leur arbre le plus précieux. Le vieux châtaignier El Abuelo est toujours debout.
El Abuelo, c’est son surnom. Un châtaignier de plus de cinq siècles, haut d’environ 25 mètres, avec un tronc si large qu’il dépasse les 15 mètres de circonférence. Il vit dans la réserve naturelle de la vallée d’Iruelas, au centre de l’Espagne, et il est considéré comme l’un des plus beaux arbres centenaires du pays. Quand les flammes ont foncé sur cette forêt, les habitants de la petite ville d’El Tiemblo ont refusé de rester les bras croisés.
Cet été, l’Espagne a connu l’un de ses incendies les plus violents depuis des années. Le feu est parti le 23 juillet près de Burgohondo, poussé par un vent fort et une végétation desséchée. Il a ravagé environ 77 000 hectares et forcé des dizaines de milliers de personnes à quitter leur maison. Huit jours ont été nécessaires pour le maîtriser. Pendant ce temps, les pompiers se concentraient sur la protection des habitations. Les forêts autour d’El Tiemblo, elles, étaient livrées aux flammes. C’est là que les habitants sont entrés en scène.
Avec des pelles, des râteaux, des houes, des véhicules et même des engins de chantier, des dizaines de volontaires ont formé une ligne de défense improvisée. Javier Garcia, 67 ans, technicien de laboratoire à la retraite, a passé quatre jours sur place. Il arrivait tôt le matin et repartait au coucher du soleil. Environ 120 personnes ont rejoint cet effort, tandis que d’autres préparaient des repas pour ceux qui tenaient la ligne. Pour Javier, ce réflexe n’a rien de surprenant. Autrefois, quand un feu éclatait, toute la communauté se rassemblait et combattait ensemble. Cette fois, ils ont répété le geste.
Leur connaissance du terrain a fait la différence. Le maire d’El Tiemblo, Arturo Varas, le dit sans hésiter. Ces habitants savaient où aller, où ne pas aller, et ils ont trouvé le meilleur moyen de sauver le châtaignier. Pour lui, El Abuelo est le symbole de la ville, son plus grand trésor. Des plus jeunes aux plus âgés, tous ont voulu participer. Certains anciens se sont même frayé un chemin dans la forêt escarpée pour protéger l’arbre. Le feu s’est arrêté avant la châtaigneraie mais a dévoré la pinède voisine. Après le passage des flammes, la fumée s’élevait encore du sol noirci et un hélicoptère bombardier d’eau survolait la zone.
Ce sauvetage a une saveur particulière pour les habitants. La châtaigneraie est un lieu très prisé des touristes, surtout en automne quand les feuilles prennent des couleurs orange et or. El Abuelo, avec son tronc creux assez vaste pour abriter des animaux et ses branches tortueuses qui lui donnent un air sculptural, reste un témoin précieux du temps qui passe. Carlos, un technicien de 50 ans qui vit à El Tiemblo, résume le sentiment général. Il est fier de ses voisins. Ce sont eux, leur courage et leur énergie, qui ont permis à cet arbre immense de continuer à raconter son histoire.
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