Faits Divers
Leur forêt a brûlé après une étincelle, ils portent plainte contre l’entreprise
À Saumos, un couple raconte le départ du mégafeu qui a ravagé 42 000 hectares. Ils dénoncent des travaux dangereux et demandent des comptes.


À Saumos, un couple raconte le départ du mégafeu qui a ravagé 42 000 hectares. Ils dénoncent des travaux dangereux et demandent des comptes.
Saumos, neuf jours après le passage du feu. André Prouvoyeur, 69 ans, ancien parachutiste, s’arrête devant un fossé calciné. Il tend le doigt vers un point précis, à un mètre de la forêt familiale. C’est ici que tout a commencé. Le 22 juillet, un tracteur équipé d’un broyeur nettoyait la végétation sous une ligne à moyenne tension. La sécheresse avait transformé les aiguilles de pin en poudre à canon. Une étincelle a jailli, sans doute d’un caillou frotté contre une dent métallique. Les deux ouvriers présents ont sorti leurs extincteurs, mais le vent et la matière sèche ont eu raison de leurs efforts. En quelques minutes, l’incendie filait vers les pins.
Le couple, alerté par une locataire, est arrivé sur place. Les pompiers étaient déjà là, se souvient André. Il avait compris que la journée serait noire. Aujourd’hui, il ne crie pas au scandale. Les employés de l’entreprise de débroussaillage n’ont pas fait exprès, ils suivaient les règles. Mais ce travail aurait dû être interdit vu les conditions. La Gironde était en vigilance rouge pour le risque d’incendie. L’arrêté préfectoral autorisait pourtant ce type d’engin jusqu’à 13 heures, et l’accident est survenu juste après midi. Le couple a porté plainte. Enedis, qui avait commandé l’intervention, rappelle que l’origine exacte du feu n’est pas établie. Le parquet, lui, privilégie l’hypothèse accidentelle. Le lendemain, les autorités ont interdit les travaux forestiers utilisant un moteur thermique.
Pour les propriétaires, la note est salée. Les habitations de Saumos ont été en grande partie épargnées, mais les pinèdes alentour sont noires. Les parcelles d’André Prouvoyeur et de son épouse ne sont pas assurées. Dès que les troncs noircissent, leur valeur s’effondre, dit-il. Et la forêt reste la principale ressource de la commune. Christophe Ferron, 60 ans, sylviculteur d’ici, calcule déjà les années perdues. Il faudra dix à quinze ans avant de pouvoir récolter à nouveau, souffle-t-il. Lui avait replanté après les incendies de 2022. Ses jeunes arbres sont de nouveau partis en fumée. Difficile de se relever.
Malgré les épreuves, Christophe Ferron ne veut pas partir. Son arrière-grand-père était déjà du pays, raconte-t-il. Il espère un soutien de l’Union européenne pour aider la filière à se reconstruire. En attendant, il faudra déboiser les parcelles calcinées, replanter, puis attendre patiemment. Les stigmates des feux précédents se mêlent aux cicatrices nouvelles. Mais cet homme du massif garde la tête droite. Il a déjà traversé des brasiers, il traversera celui-là.
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