Europe
Ceuta retrouve un calme fragile, l’Europe en sort divisée
L’Espagne affirme que la vie reprend à Ceuta, après le retour de la grande majorité des migrants vers le Maroc. Mais l’accalmie n’efface ni les morts ni…


L’Espagne affirme que la vie reprend à Ceuta, après le retour de la grande majorité des migrants vers le Maroc. Mais l’accalmie n’efface ni les morts ni les querelles entre pays européens.
Le gouvernement espagnol commence à entrevoir la fin de l’orage. Sur cette terre espagnole coincée entre le Maroc et la Méditerranée, les habitants refont leurs courses dans des rues qui avaient été submergées. Les échoppes rouvrent, les forces de l’ordre se détendent un peu. Selon Madrid, sur les dizaines de milliers de personnes qui ont pénétré dans l’enclave pendant cette ruée, plus de 48 000 sont déjà reparties vers le Maroc. Le ministre de l’Intérieur se veut prudent et prévient que la crise n’est pas réglée. Le bilan est déjà très lourd, au moins 67 morts, beaucoup de victimes noyées en tentant d’atteindre le territoire.
Certains n’ont toujours pas renoncé. À quelques encablures de la frontière, des jeunes gens épuisés sortent de l’eau et s’effondrent sur le sable. Soufiane, un Marocain de 42 ans, a nagé quelques minutes avec l’espoir de rejoindre Madrid pour embrasser sa mère malade. Plus loin, des centaines de candidats à l’exil patientent devant un centre d’accueil fermé, la police bloquant l’entrée. Souleye, un Sénégalais de 19 ans, résume la détresse générale. Les opportunités manquent en Afrique et le projet demeure simple, travailler et gagner sa vie.
Ceuta représente bien plus qu’une simple ville, c’est l’une des deux portes terrestres entre l’Afrique et l’Europe. Cette situation unique en fait un point d’échappée majeur. Pour dissuader les nageurs, les autorités installent maintenant une barrière flottante de 500 mètres dans la mer. Mais la crise de Ceuta a aussi mis le feu aux relations entre pays de l’Union européenne. Madrid dénonce l’attitude de certains dirigeants, notamment la cheffe du gouvernement italien, qui a vivement critiqué la réponse espagnole. L’Italie a riposté en rétablissant des contrôles à sa frontière avec l’Espagne, une décision appuyée par le Danemark. La France, elle, a porté à 334 le nombre de policiers et de gendarmes en renfort à la frontière pyrénéenne.
L’Espagne, qui défend une lecture plus humaniste de l’immigration, ne décolère pas. Le chef du gouvernement espagnol a réclamé une réunion des ministres de l’Intérieur européens pour apaiser les choses. Son ministre de l’Intérieur critique ceux qui oublient l’aide apportée par l’Espagne à l’Italie lors de la crise de Lampedusa. Dans cette cacophonie, les migrants, eux, attendent toujours une réponse à leur simple demande. La vie doit bien se gagner quelque part, et pour beaucoup d’entre eux, elle passe par cette mer ou cette barrière.
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