Société
À Aulnay, la vidéosurveillance repousse les limites et fait débat
Le maire d’Aulnay-sous-Bois veut relancer la vidéosurveillance algorithmique dès que la loi le permettra. Entre promesses de sécurité et craintes pour les…


Le maire d’Aulnay-sous-Bois veut relancer la vidéosurveillance algorithmique dès que la loi le permettra. Entre promesses de sécurité et craintes pour les libertés, la technologie divise profondément les habitants.
Dans le centre de surveillance urbain d’Aulnay-sous-Bois, un immense mur d’écrans diffuse en continu les images de 550 caméras. Les opérateurs peuvent zoomer jusqu’à lire une plaque d’immatriculation. Mais le maire Bruno Beschizza ne s’arrête pas là. Ancien policier, il a testé entre 2021 et 2023 la vidéosurveillance algorithmique, ou VSA. Ce système repère automatiquement les comportements suspects grâce à des critères prédéfinis. Il oriente les agents vers les flux pertinents, leur faisant gagner un temps précieux. Mais l’expérimentation a dû s’arrêter. La loi « Jeux Olympiques » de 2023 autorise la VSA uniquement sur les sites liés à Paris 2024. Aulnay n’a pas été retenu. Le maire attend donc une nouvelle législation pour relancer la machine.
Dans la ville, l’opposition monte au créneau. Oussouf Siby, conseiller municipal, dénonce une « prison à ciel ouvert ». Dans le quartier des 3 000, d’imposants mâts en béton bardés de barbelés et surmontés de caméras rotatives jalonnent les carrefours. Pour l’élu, la précision des appareils pose problème. En zoomant sur un téléphone, une caméra pourrait, selon lui, révéler à qui l’on envoie un SMS et ce qu’on écrit. Il réclame depuis trois ans une évaluation indépendante de la VSA. Il demande aussi une copie du contrat pour connaître les spécificités du logiciel utilisé. Sans succès. « La municipalité refuse, on a vraiment peu de transparence », regrette-t-il.
Bruno Beschizza, lui, assume. Il vante l’efficacité de la vidéosurveillance pour lutter contre les dépôts sauvages d’ordures, dont le ramassage coûte plus de 600 000 euros par an. Il va même plus loin. Il se dit favorable à la reconnaissance faciale, ligne rouge pour les défenseurs des libertés. « Ça ne me choquerait pas que dans le périmètre des écoles, quand il y a une personne condamnée pour pédophilie, on sache », affirme-t-il. Mais il reconnaît qu’aucune étude scientifique n’a évalué la VSA. « Ma perception est forcément partielle », admet-il. Il juge les limites actuelles de la Cnil trop restrictives et rêve de porter le parc à 800 caméras. Pour lui, c’est une demande citoyenne.
Mais cette vision heurte. Le directeur de la police municipale anticipe une transformation radicale du métier. « Dans dix ans, il n’y aura plus forcément d’humains derrière les caméras », prédit-il. Une idée que conteste Oussouf Siby. « Faire cette erreur de tout mettre sur la caméra et pas sur la présence humaine, c’est les deux qu’il faut mettre en œuvre », insiste-t-il. Pour l’instant, 23 agents se relaient 24 heures sur 24 au centre de surveillance. Les images sont conservées 30 jours pour répondre aux centaines de réquisitions judiciaires annuelles. Le maire promet que la surveillance algorithmique reviendra. Mais l’opposition exige d’abord un vrai bilan. Le débat, lui, ne fait que commencer.
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