Société
Sous le bruit des klaxons, une école de conteneurs redonne un avenir aux enfants des rues de Bombay
Dans les bidonvilles de Bombay, des gamins vendent des babioles aux feux rouges pour survivre, loin de toute salle de classe. Une association a eu l’idée…

Dans les bidonvilles de Bombay, des gamins vendent des babioles aux feux rouges pour survivre, loin de toute salle de classe. Une association a eu l’idée de déplacer l’école vers eux, dans des conteneurs multicolores installés sous un pont.
Bombay est une mégapole qui ne dort jamais. Mais pour des milliers d’enfants, chaque jour est une lutte. Issus des familles les plus pauvres, souvent migrants ruraux venus chercher du travail informel, ils passent leurs journées aux carrefours à vendre des mouchoirs ou autres bricoles aux automobilistes coincés dans les embouteillages. L’école publique est gratuite en Inde pour les 6-14 ans, mais elle n’est pas assez flexible pour eux. Résultat : près d’1,2 million d’enfants en âge d’être scolarisés sont classés « hors de l’école » par le gouvernement. Alors Bhatu Sawant, 45 ans, a eu une idée simple : puisque ces enfants ne peuvent pas aller en classe, c’est la classe qui doit venir à eux. Il a fondé la « Signal Shala », l’école du feu rouge.
L’établissement tient dans des conteneurs métalliques aménagés, alignés sous un pont autoroutier. Le bruit des moteurs et des klaxons est assourdissant. Mais chaque matin, des bus jaunes sillonnent les bidonvilles pour récupérer gratuitement les élèves. Une fois déposés, beaucoup commencent par une douche, un luxe inaccessible chez eux. L’école offre aussi trois repas par jour, des casiers pour ranger livres et uniforme. Les classes ne sont pas organisées par âge mais par niveau, parce que certains n’ont jamais tenu un cahier. Les enseignants doivent tout leur apprendre : les jours de la semaine, les mois, les saisons. Mais aussi le savoir-être, comme rester assis ou parler sans crier. Pour les enfants de la communauté semi-nomade des Pardhi, qui ne parlent même pas la langue locale, l’adaptation est un défi de chaque instant.
Pourtant, les résultats sont là. Pooja Pawar, 12 ans, dont les parents travaillent sur les chantiers, adore son uniforme et le petit-déjeuner. Elle dit pouvoir danser et même faire des gâteaux. Balaji Laxman, 12 ans, vendait des mouchoirs il y a peu. Aujourd’hui, il murmure qu’il veut devenir médecin. L’école ne se contente pas de lire, écrire, compter. Bhatu Sawant insiste : pour donner les mêmes chances que les enfants de l’élite, il faut les former à la robotique, à l’intelligence artificielle, aux ordinateurs et aux imprimantes 3D. Grâce à des fonds publics et à des dons, l’école du feu rouge compte désormais trois établissements dans Bombay et sa banlieue. Sous le bruit des pétarades, une autre vie devient possible.
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