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Dormir pour mieux combattre

Dans l’armée française, la sieste s’apprend comme un geste tactique. Reportage dans un stage où des soldats restent éveillés 46 heures pour comprendre la…

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Dormir pour mieux combattre

Dans l’armée française, la sieste s’apprend comme un geste tactique. Reportage dans un stage où des soldats restent éveillés 46 heures pour comprendre la fatigue et mieux la maîtriser.

Il est 11 heures du matin et une dizaine de militaires luttent pour garder les yeux ouverts. Cela fait bientôt 30 heures qu’ils n’ont pas dormi. Devant eux, un médecin en treillis explique les différents types de repos sur un PowerPoint. Certains ont les yeux rouges, d’autres la tête dans la main. Pourtant, ils viennent seulement d’entamer une épreuve de 46 heures sans sommeil. Au programme, des exercices physiques de jour comme de nuit, des parcours d’obstacles, de l’orientation en piscine, des tirs lasers et de la conduite sur ordinateur. Mais aussi des cours sur l’hygiène du sommeil et les techniques d’endormissement. Un paradoxe apparent pour un stage qui place la fatigue au cœur de l’entraînement.

L’armée française considère désormais le sommeil comme un “véritable enjeu” pour ses soldats. Dans les conflits modernes, il faut durer, décider et agir dans des conditions toujours plus exigeantes. Marine, 32 ans, navigateur timonier dans la Marine nationale, connaît bien cette réalité. Elle part régulièrement en missions de un à six mois sur des navires où le rythme des quarts s’enchaîne. “Les deux premiers mois, on est dans l’euphorie, contents de partir, tout va bien”, raconte-t-elle. Mais la fatigue s’accumule, rend les marins moins attentifs et parfois plus irritables. Heureusement, la sieste est devenue un rituel sanctuarisé à bord. Et dans l’ensemble de l’armée, les discussions autour du sommeil sont aujourd’hui décomplexées. “Quelqu’un qui va dormir n’est pas vu comme un faible”, assure un médecin de l’Institut de recherche biomédicale des armées.

La France a fait un choix fort en matière de médicaments pour tenir le coup. Contrairement à d’autres pays, elle interdit l’usage de substances éveillantes en routine. Seule la caféine à libération prolongée est autorisée, sous forme de comprimés utiles par exemple pour les pilotes qui n’ont pas accès à une cafetière. Le Modafinil, un médicament contre la narcolepsie, est réservé à des situations exceptionnelles de survie, comme dans les sièges éjectables. À l’inverse, des médias ont récemment rapporté que des pilotes israéliens utilisaient ce même produit pour de longues missions. Les Ukrainiens, après quatre ans de guerre, ont eux aussi revu leur stratégie, estimant que les risques l’emportent sur les bénéfices. Addictions, troubles psychiatriques, blessures, mauvaises décisions… Les effets indésirables sont majeurs à long terme. Pour pallier le manque de sommeil sans médicaments, l’armée française mise sur la formation et explore même des pistes pour préserver la mémoire lors des périodes de dette de sommeil. Certains pays remplacent une heure d’activité physique par un entraînement cognitif, un atout précieux pour les pilotes ou les réservistes.

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