Planète
Manger le crabe bleu pour sauver la Méditerranée
Ce crustacé vorace venu d’Amérique colonise les côtes françaises et menace tout un écosystème. Face à l’impossibilité de l’éradiquer, les scientifiques…


Ce crustacé vorace venu d’Amérique colonise les côtes françaises et menace tout un écosystème. Face à l’impossibilité de l’éradiquer, les scientifiques misent sur une solution simple : le pêcher et le cuisiner.
Dans les eaux saumâtres des Salins d’Hyères, près de Toulon, les pièges se remplissent à une vitesse inquiétante. En 2023, on y comptait trois crabes bleus. En 2026, ils sont déjà plusieurs centaines. Ce « super prédateur » ne fait pas dans la dentelle. Avec ses 15 centimètres d’envergure et ses pinces d’un bleu outremer, il dévore tout sur son passage : palourdes, coques, poissons juvéniles. Omnivore et parfois cannibale, il peut engloutir jusqu’à 15 palourdes chaque jour. Sans prédateur naturel dans cette région, il se reproduit à une vitesse record. Une femelle pond entre 1 et 2 millions d’œufs par an. Résultat : dans le delta du Pô en Italie, sa prolifération a fait chuter la production de moules de 75 à 100% dans certaines lagunes en 2023.
Les chercheurs de l’Institut de recherche et développement sont catégoriques : impossible d’éradiquer ce crustacé capable de parcourir 15 kilomètres par jour, dont les larves voyagent de mer en mer dans les eaux de ballast des cargos. L’idée est donc de le réguler. Pour cela, un modèle fait ses preuves : celui de la Tunisie, où une filière économique s’est développée autour de la pêche et de l’exportation du crabe bleu. En France, rien de tel n’existe encore. Les pêcheurs méditerranéens le voient surtout comme une nuisance. Il réduit les stocks de poissons et déchire leurs filets, y laissant des trous de plus d’un mètre de diamètre. Pourtant, une solution existe : créer une filière nationale pour le pêcher, le vendre et le consommer.
Côté cuisine, le crabe bleu a tout pour plaire. Son nom latin, *Callinectes sapidus*, signifie « bon nageur savoureux ». Une fois cuit, il devient orange et sa chair est jugée « très intéressante, charnue, agréable en bouche » par certains chefs marseillais qui le préparent en bisque ou entier. Mais pour l’instant, rares sont les cuisiniers à l’adopter, faute d’un marché structuré. Pour convertir les palais méditerranéens, peu habitués aux gros crustacés, des scientifiques ont même publié un livre de recettes en ligne. On y trouve des couscous de crabe bleu, des pâtes farcies, de quoi donner des idées aux amateurs. Pendant ce temps, les chercheurs continuent d’étudier le comportement du crabe : où et quand est-il le plus présent ? À quel âge devient-il mature sexuellement ? Autant de données pour décider où concentrer l’effort de pêche. Car si l’on ne peut pas stopper l’invasion, on peut au moins la transformer en opportunité.
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