Monde
L’art funéraire s’épanouit sur les tombes chiites du Baloutchistan

_**Dans les cimetières de Quetta, la gravure de portraits sur marbre noir se répand comme une pratique mémorielle, offrant aux familles hazaras un lien tangible avec leurs défunts, malgré certaines réserves religieuses.**_
Au cœur d’un cimetière de Quetta, sous l’ombre des montagnes du Baloutchistan, Mohammad Arif se tient en silence devant une sépulture. Sur la pierre tombale en marbre noir, les traits de son père sont finement ciselés, fixant l’éternité. Cette image gravée, devenue de plus en plus courante, répond à un besoin profond au sein de la communauté hazara, une minorité chiite ayant subi de nombreuses épreuves. Elle remplace désormais les photographies encadrées, trop vulnérables aux intempéries, par une trace indélébile.
Pour les familles endeuillées, cette innovation artistique revêt une dimension à la fois pratique et émotionnelle. Mukyhiar Ali explique ainsi que sa mère, dont la vue décline, peut désormais identifier sans peine la tombe de son fils parmi des centaines d’autres. Au-delà de la simple identification, le portrait sculpté recrée une présence. Mohammad Arif évoque un sentiment d’apaisement, la sensation d’être regardé par le défunt, transformant la visite au cimetière en un moment de recueillement plus intime.
À l’origine de ces œuvres se trouve l’artiste Sadiq Poya. Formé aux arts et à la calligraphie, il a importé cette pratique après un séjour en Afghanistan. Chaque portrait exige de sept à dix jours d’un travail méticuleux, réalisé à l’aide d’une machine à pointe de diamant. Conscient des difficultés financières de nombreuses familles, il offre parfois ses services gratuitement, considérant son art comme une forme de dévotion communautaire. Le coût d’une telle gravure varie selon le matériau, le granit étant privilégié par les plus aisés, le marbre restant plus accessible.
Cette coutume, bien qu’en plein essor, ne fait pas l’unanimité dans le paysage religieux. Certains oulémas chiites, à l’instar de Hashim Mossavi, expriment des réserves, invoquant les traditions islamiques qui restreignent la représentation figurative. Sadiq Poya a d’ailleurs quitté l’Afghanistan après le retour des talibans, dont l’interprétation rigoriste de l’islam proscrit toute image humaine. Au Pakistan, cependant, la pratique persiste et s’enracine, portée par une communauté qui y voit moins un acte d’innovation que de perpétuation du souvenir, une manière de défier l’oubli par la permanence de la pierre.

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