Europe
La Suisse dit non à la tentation du repli et préserve ses liens avec l’Europe
Dimanche, les Suisses ont rejeté à 54% une initiative radicale qui voulait limiter l’immigration et bloquer la population sous les 10 millions…


Dimanche, les Suisses ont rejeté à 54% une initiative radicale qui voulait limiter l’immigration et bloquer la population sous les 10 millions d’habitants. Un soulagement pour les autorités, les syndicats et le patronat, qui voyaient dans ce texte une menace directe pour l’économie et les relations avec l’Union européenne.
L’initiative portée par l’Union démocratique du centre (UDC), le premier parti du pays, visait un objectif simple mais brutal. Empêcher que la population résidente permanente dépasse les 10 millions d’habitants d’ici à 2050. Aujourd’hui, la Suisse compte 9,5 millions d’habitants, dont plus d’un quart d’étrangers. Les promoteurs de l’initiative agitaient des arguments concrets. Pénurie de logements, hausse des loyers, bétonnage, bouchons, trains bondés, système de santé saturé, baisse de la qualité de l’enseignement. Autant de maux attribués à une immigration jugée trop forte.
Mais le texte allait bien au-delà de la question migratoire. Il mettait en jeu l’avenir des relations entre la Suisse et l’Union européenne, son premier partenaire commercial. Si le seuil des 10 millions avait été atteint avant 2050, Berne aurait dû dénoncer l’accord de libre-circulation avec l’UE dans les deux ans. D’autres accords bilatéraux sur l’asile et la sécurité seraient tombés du même coup. Un scénario catastrophe pour l’économie helvétique, qui dépend des accords avec Bruxelles malgré la non-appartenance à l’Union. Les sondages donnaient le non légèrement gagnant, et la forte participation, près de 59% contre 49% en moyenne, a confirmé la tension autour du vote.
Les résultats montrent une Suisse fracturée. Les cantons urbains ont massivement voté non. Bâle-Ville a atteint 73,48% de rejet, Neuchâtel 67,26%, Genève 65,42%. À l’inverse, les zones rurales ont largement soutenu l’initiative. Le chef de l’UDC, Marcel Dettling, a reconnu une déception, tout en soulignant que 45% de oui était un message fort. Pour le politologue Pascal Sciarini, le parti a subi une défaite, mais une petite défaite, puisque le score dépasse largement sa base électorale de 30%. Le ministre de la Justice Beat Jans a salué un signal de stabilité, d’ouverture et de fiabilité. L’Union syndicale suisse a parlé d’un rejet clair du repli sur soi et de la xénophobie, et d’un refus de retour vers des temps marqués par le statut de saisonnier et la privation de droits.
Un autre référendum s’est tenu le même jour. Les Suisses ont accepté un durcissement des conditions d’accès au service civil, une alternative au service militaire obligatoire pour les hommes. Depuis l’assouplissement de 2009, le nombre d’objecteurs de conscience avait fortement augmenté, ce que le gouvernement jugeait problématique dans un contexte de renforcement des capacités militaires en Europe. La gauche s’y opposait, craignant la disparition de cette option pour les militants pacifistes. Mais ce vote est passé au second plan face à l’enjeu migratoire et européen qui a dominé la campagne.
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