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L’Europe condamnée à l’insignifiance technologique si elle ne reprend pas le contrôle

Le patron de Cohere alerte sur une dépendance fatale aux géants américains de l’IA. Sans souveraineté numérique, le Vieux Continent deviendrait un simple…

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L'Europe condamnée à l'insignifiance technologique si elle ne reprend pas le contrôle

Le patron de Cohere alerte sur une dépendance fatale aux géants américains de l’IA. Sans souveraineté numérique, le Vieux Continent deviendrait un simple consommateur, privé de ses propres capacités stratégiques.

Le cofondateur de Cohere, Aidan Gomez, a lancé un avertissement clair lors d’un entretien : si l’Europe ne construit pas sa propre souveraineté technologique, elle risque de devenir totalement insignifiante dans le domaine de l’intelligence artificielle. Concrètement, cela signifie que vos données, votre productivité, vos industries clés et même votre capacité à vous défendre dépendraient entièrement de ce que les autres vous autorisent à avoir. Cette mise en garde intervient quelques jours après que le gouvernement américain a ordonné à Anthropic, une start-up d’IA, de bloquer l’accès à ses modèles les plus puissants pour les ressortissants étrangers. Une décision qui a forcé la société à mettre ses technologies hors ligne et qui a provoqué un électrochoc chez les observateurs. Comme le dit Gomez, « c’est comme si tout le monde s’était pris un seau d’eau froide sur la tête ».

Pour éviter ce scénario, Cohere se positionne comme une alternative souveraine, notamment sur les marchés européen et asiatique. Fondée en 2019, l’entreprise développe des modèles d’IA destinés aux entreprises et aux gouvernements, en se concentrant sur des applications concrètes dans la santé, la finance, l’énergie et la sécurité nationale. Mais pour le patron, la vraie souveraineté ne se décrète pas, elle se construit avec des garanties techniques solides. Dans le secteur privé, cela implique de déployer les solutions d’IA sur des infrastructures que l’on contrôle, gérées par des entreprises nationales. Cohere ne possède pas ses propres centres de données, mais elle compte s’appuyer sur des partenaires locaux comme Mistral en France ou Deutsche Telekom en Allemagne. Quant aux logiciels, Gomez reconnaît que concevoir des modèles d’IA demande énormément de ressources et que chaque pays ne peut pas forcément construire les siens. Il appelle donc à une collaboration entre démocraties pour faire émerger quelques champions répartis à travers les nations alliées.

L’Europe est devenue une priorité stratégique pour Cohere, que le dirigeant qualifie de « bastion démocratique » face à l’avancée technologique de puissances autocratiques comme la Chine. La société a récemment racheté la start-up allemande Aleph Alpha, créant un ensemble valorisé à environ 20 milliards de dollars avec un double siège à Toronto et Berlin, soutenu par plusieurs gouvernements. Dans la foulée, elle a aussi acquis Reliant AI, une entreprise biomédicale active entre le Canada et l’Allemagne. Elle a signé en mai des partenariats avec le groupe espagnol Indra, spécialisé dans la défense, et Multiverse Computing, qui développe des logiciels d’IA. Pour Gomez, dont la mère est britannique et le père espagnol, il existe un alignement historique et de valeurs entre l’Europe et le Canada. L’Europe représente déjà la deuxième source de revenus de Cohere après l’Amérique du Nord, et l’entreprise de 700 employés affirme observer une adoption très rapide de ses solutions. Quant à l’appel à freiner le développement de l’IA lancé par certains géants américains, Gomez balaie l’idée : « Personne ne va faire de pause, c’est une posture stupide et pas réaliste. Au contraire, le Canada et l’Europe doivent accélérer. »

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