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La roupie indonésienne touche le fond, le Parlement reprend la main sur la banque centrale
La monnaie indonésienne passe sous la barre des 18 000 roupies pour un dollar. Les députés votent une loi qui élargit leur pouvoir sur la banque centrale…


La monnaie indonésienne passe sous la barre des 18 000 roupies pour un dollar. Les députés votent une loi qui élargit leur pouvoir sur la banque centrale, suscitant des craintes pour son indépendance.
La nouvelle est tombée jeudi matin comme un coup de massue sur les marchés indonésiens. La roupie s’échangeait à 18 028 roupies pour un dollar, franchissant un seuil que les économistes qualifient de psychologique. Dans la foulée, le Parlement a adopté un amendement qui change la donne pour la banque centrale. Jusqu’ici indépendante, elle devra désormais aussi veiller à la croissance économique, en plus de la stabilité des prix et du taux de change. Les législateurs auront le pouvoir d’évaluer ses performances et celles d’autres institutions financières. Le ministre des Finances, Purbaya Yudhi Sadewa, a justifié cette réforme en parlant de compétitivité et d’emploi. La priorité n’est plus seulement de défendre la monnaie, dit-il, mais de relancer l’économie face à la flambée du pétrole.
Cette mainmise du politique sur la banque centrale fait grincer des dents. Beaucoup y voient une menace directe pour l’indépendance de l’institution. En théorie, la banque centrale doit pouvoir agir sans pression politique pour maîtriser l’inflation et stabiliser la devise. En pratique, les députés pourront désormais exiger qu’elle suive leurs recommandations. Dans les rues de Jakarta, la colère monte. Diana Murdiana, une retraitée de 60 ans, raconte que la chute de la roupie creuse les inégalités entre ceux qui gagnent en dollars et ceux qui gagnent en roupies. Ryandi Febri Nurcahyo, fonctionnaire de 35 ans, doute des discours officiels sur la solidité des fondamentaux économiques. Pour lui, la dégringolade frappe aussi bien les pauvres que la classe moyenne, mais épargne les plus riches.
Plusieurs facteurs expliquent cette spirale baissière. L’Indonésie importe du pétrole et subit de plein fouet la hausse des prix du brut. Le gouvernement refuse pourtant de relever les prix subventionnés des carburants, ce qui pèse lourdement sur les finances publiques. L’excédent commercial a fondu comme neige au soleil, passant de 3,3 milliards de dollars à seulement 89 millions en avril. Moins de dollars entrent dans le pays, alors que les besoins pour les importations d’énergie, les dividendes et la dette restent énormes. L’économiste Josua Pardede explique que même la hausse du taux directeur à 5,25% et le durcissement des règles sur les achats de dollars ne suffisent pas à enrayer la chute. À cela s’ajoutent des programmes jugés trop coûteux, comme les repas gratuits dans les écoles, et une confiance des investisseurs qui s’effrite. Résultat, la Bourse de Jakarta a plongé de près de 4% jeudi matin, signe que la méfiance gagne du terrain.
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