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L’or vénézuélien sous la loi des gangs, entre peur et ordre imposé

Le sous-sol du Venezuela regorge d’or et de terres rares, mais sur place, ce sont les groupes armés qui font la loi. Entre racket, tribunaux parallèles et…

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L'or vénézuélien sous la loi des gangs, entre peur et ordre imposé

Le sous-sol du Venezuela regorge d’or et de terres rares, mais sur place, ce sont les groupes armés qui font la loi. Entre racket, tribunaux parallèles et trafic, une économie criminelle verrouille l’accès aux mines et freine tout investissement étranger.

Dans le sud du Venezuela, sur un territoire grand comme le quart de la France, l’extraction minière tourne à plein régime. Or, diamant, bauxite, coltan et terres rares s’y trouvent en abondance. Mais presque partout, ce ne sont ni l’État ni des compagnies privées qui contrôlent l’exploitation. Des groupes armés, qu’ils se fassent appeler « syndicats » ou « système », règnent en maîtres. Les habitants vivent sous leur coupe. Ils paient des taxes, obéissent à leurs règles, et parfois même les remercient d’avoir mis fin à l’anarchie d’avant.

« Avant, si tu trouvais une grosse pépite, d’autres mineurs pouvaient te tuer pour te la prendre », raconte un habitant d’El Dorado, une zone aurifère célèbre. Aujourd’hui, c’est Fabio, un chef local surnommé « Pran », qui fait régner l’ordre. Il asphalte les rues, achète des médicaments pour les hôpitaux, rénove les terrains de football. En échange, personne ne le touche, et les vols ont quasiment disparu. Mais cette pacification a un prix. Les « syndicats » rackettent tout le monde, imposent leurs tribunaux et leurs sanctions. Les conflits de voisinage, les vols et même les meurtres sont jugés sur place. Les peines vont de l’amende à la bastonnade, voire aux mutilations. La peur reste bien réelle, même si certains habitants disent préférer cette main de fer au chaos.

Cette mainmise sur les mines a un coût énorme pour l’État. Selon des estimations, 90 % de la production d’or part en contrebande vers le Brésil et la Colombie. Seule une petite partie est exportée légalement, via des entreprises qui paient directement le gouvernement. Les groupes armés, liés à l’élite politique locale, contrôleraient environ 20 % des 68 tonnes d’or produites chaque année. Mais l’argent qui devrait revenir au pays s’évapore. Depuis 2016, la production d’or augmente, mais les recettes de l’État stagnent. Des contrats opaques entre l’État et des entreprises mixtes permettent à des proches du pouvoir de capter des milliards de dollars. Les critères de sélection des partenaires, leurs obligations et les chiffres de production restent secrets.

Cette situation s’est aggravée après 2011, quand le président Hugo Chavez a suspendu toutes les concessions des multinationales. Un vide s’est créé, que les gangs ont comblé en se partageant les territoires miniers. Depuis, les affrontements entre groupes rivaux font régulièrement des morts. En 2016, dix-sept mineurs ont été assassinés et jetés dans une fosse commune. En 2017, deux nouvelles tueries ont fait 19 victimes. Malgré la présence militaire, les gangs conservent un contrôle absolu. Ils imposent leur loi, leur justice, et une forme d’esclavage moderne. Les habitants, piégés entre peur et dépendance, voient peu d’espoir de changement, à moins d’une volonté politique bien plus ambitieuse que ce que le pays a montré jusqu’ici.

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