Politique
La réintroduction des pesticides interdits fait exploser le Sénat
Le Sénat s’apprête à ajouter un volet pesticides très polémique au projet de loi d’urgence agricole. Un choix qui pourrait faire capoter le texte entier…


Le Sénat s’apprête à ajouter un volet pesticides très polémique au projet de loi d’urgence agricole. Un choix qui pourrait faire capoter le texte entier et raviver une guerre politique que le gouvernement espérait éteindre.
Le feuilleton agricole n’en finit pas de rebondir. Alors que le projet de loi d’urgence agricole vient d’être adopté à l’Assemblée nationale, les sénateurs s’apprêtent à lui ajouter une couche explosive lors de son examen en commission. Les rapporteurs LR et centristes veulent en effet y greffer des mesures directement issues de la très controversée loi « Duplomb », partiellement censurée l’été dernier. Leur objectif est clair : réintroduire avec des dérogations très encadrées deux insecticides interdits en France, l’acétamipride et le flupyradifurone, pour aider des filières en difficulté comme la noisette ou la betterave. Ces produits sont pourtant autorisés ailleurs en Europe, ce qui crée selon eux une concurrence déloyale.
Concrètement, l’amendement prévoit des dérogations limitées dans le temps et soumises à un avis de l’agence sanitaire Anses. De quoi, espèrent ses auteurs, « remédier à une situation lourdement pénalisante pour les exploitants agricoles dans un contexte de déclin du modèle français ». Mais derrière cette justification technique, le dossier est un véritable champ de mines politiques. La gauche est vent debout. Le sénateur socialiste Jean-Claude Tissot dénonce une « obstination » qui fait fi des deux millions de signatures recueillies contre la précédente loi et des mises en garde de nombreux scientifiques et médecins.
Le camp macroniste lui-même est divisé, et l’exécutif redoute un emballement fatal au texte. La ministre de l’Agriculture Annie Genevard a déjà prévenu que cette réintroduction « n’est pas souhaitable » et qu’elle risquerait de « compromettre l’adoption du texte ». Même dans la majorité, des voix s’élèvent pour calmer le jeu. Perrine Goulet, porte-parole du groupe MoDem à l’Assemblée, alerte : réintroduire l’acétamipride, c’est « le risque de créer un conflit, et donc de faire capoter l’intégralité du texte ». Le Sénat va devoir trancher, mais le gouvernement espère toujours une adoption d’ici la fin de l’été. Une chose est sûre : la colère des agriculteurs n’est pas la seule à gronder dans les couloirs du Parlement.
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