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La France va vieillir à toute vitesse, l’hôpital tente de suivre

D’ici 2050, un Français sur trois aura passé les 65 ans. Face à cet immense défi, les hôpitaux multiplient les astuces pour éviter l’engorgement, avec des…

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La France va vieillir à toute vitesse, l’hôpital tente de suivre

D’ici 2050, un Français sur trois aura passé les 65 ans. Face à cet immense défi, les hôpitaux multiplient les astuces pour éviter l’engorgement, avec des moyens limités.

Le compte à rebours est lancé. D’ici à 2030, un quart de la population française aura franchi le cap des 65 ans. En 2050, ce sera un tiers. Dans les couloirs des hôpitaux, cette bascule a déjà un visage, celui des malades chroniques qui cumulent les pathologies, insuffisance cardiaque, diabète, troubles cognitifs, et qui se retrouvent parfois dépendants. Les urgences sont en première ligne. Des patients âgés, isolés, s’entassent sur des brancards, bloqués en attendant un lit d’hospitalisation, une place en Ehpad ou un suivi à l’extérieur. Un rapport d’experts a récemment dénoncé une « inadéquation » entre notre système de santé et le vieillissement. Et le phénomène va s’amplifier.

Dans les hôpitaux, on ferme des lits pour développer l’ambulatoire, mais demain l’hospitalisation complète sera presque exclusivement consacrée à ces patients âgés et complexes. Le problème, c’est que les gériatres manquent, même en Ehpad. Il faudrait aussi 365 000 places supplémentaires dans ces structures d’ici à 2050. Et une hospitalisation inadaptée peut accélérer la perte d’autonomie, à cause de l’alitement, de la perte de repères et des effets indésirables des médicaments. D’où l’idée, de plus en plus répandue, de repérer les fragilités le plus tôt possible.

À Grenoble, une cellule mêlant gériatres, pharmaciens et spécialistes des effets indésirables des soins a ouvert une hotline accessible aux soignants du territoire 24 heures sur 24. Elle permet d’évaluer un patient, de conseiller une conduite thérapeutique, de programmer une consultation ou une admission directe. L’équipe affirme éviter environ 400 passages aux urgences chaque année. Elle teste aussi le programme Icope, un dispositif qui évalue les capacités mentales et physiques via une application, seul ou avec un proche, un travailleur social, voire un facteur. Si une fragilité est détectée, un soignant confirme le diagnostic et devrait proposer un parcours de prévention. Sauf que ce parcours n’existe pas encore. Un outil numérique est en préparation pour recenser les diététiciens, kinésithérapeutes, psychologues et structures d’activité physique adaptée, afin que le suivi s’enclenche en un clic. Mais sans budget national à la hauteur, les équipes se débrouillent, avec le soutien des départements ou de mécènes.

D’autres territoires misent sur le rapprochement entre la ville et l’hôpital. À Vannes, le décloisonnement s’est accéléré depuis le Covid. Les soignants d’Ehpad ont été formés pour évaluer l’urgence d’une situation et gérer certaines crises non vitales, avec un guide et une trousse de régulation contenant un minimum de matériel, médicaments, sonde urinaire, suture, perfusion. En cas de doute, le Samu-SAS peut les épauler en visioconférence. Chaque patient fragile qui appelle le Samu sans besoin de soins urgents est rappelé par une équipe de gériatrie pour être orienté correctement. Des équipes gériatriques mobiles se déplacent aussi à domicile, en Ehpad ou aux urgences, mais leur financement reste insuffisant.

La réflexion va parfois jusqu’à la conception des bâtiments. À Tours, le service de gériatrie a été repensé avec des rails au plafond pour faciliter les déplacements et un côté du couloir réservé à la marche, équipé d’une barre en aluminium dont le froid améliore la prise. Les nouvelles recrues peuvent enfiler une tenue qui simule le vieillissement, avec des poids aux extrémités, une vision floutée et une audition étouffée. Ces initiatives restent toutefois dispersées. Les experts appellent à les généraliser et à former beaucoup plus de gériatres et de médecins polyvalents. Le ministère de la Santé a lancé deux chantiers, l’un pour réduire les passages aux urgences évitables, l’autre pour transformer l’hôpital face au vieillissement, avec un accent mis sur l’hospitalisation à domicile. Reste à savoir si les moyens suivront le rythme.

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