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La Colombie passe sous la poigne d’El Tigre, l’allié de Trump qui rompt avec la gauche

Le pays change de cap et de camp. L’avocat de droite dure Abelardo de la Espriella prête serment à Cali avec la promesse d’en finir avec les guérillas et…

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La Colombie passe sous la poigne d'El Tigre, l'allié de Trump qui rompt avec la gauche

Le pays change de cap et de camp. L’avocat de droite dure Abelardo de la Espriella prête serment à Cali avec la promesse d’en finir avec les guérillas et le narcotrafic.

La Colombie change de président et de logiciel. Abelardo de la Espriella, avocat millionnaire de 48 ans, devient le nouveau chef de l’État. Il prête serment à Cali, troisième ville du pays, un choix rare puisque la cérémonie se tient traditionnellement à Bogota. Cette ville du sud-ouest a été secouée par des attaques imputées aux guérillas et se trouve près de zones tenues par des groupes armés, à l’origine de la pire vague de violence depuis une décennie.

Le nouveau président, qui se fait appeler El Tigre, affiche un programme tout en fermeté. Il veut en finir avec les guérillas et le narcotrafic, dans un pays qui reste le premier producteur mondial de cocaïne. Surtout, il abandonne les pourparlers de paix engagés par son prédécesseur Gustavo Petro, le premier président de gauche de l’histoire du pays. Petro avait tenté de négocier le désarmement des organisations liées au trafic de drogue, sans succès. De la Espriella, lui, promet des bombardements intensifiés contre les camps de la guérilla, avec le soutien des États-Unis et d’Israël, et des mégaprisons inspirées du Salvador pour frapper la criminalité.

Ce virage se joue aussi sur la scène internationale. Le nouveau président possède la nationalité américaine et se présente comme un allié de Donald Trump. Le président américain lui a assuré que les relations entre Washington et Bogota seront comme jamais auparavant. Un net contraste avec les années Petro, marquées par les tensions. Cette alliance rappelle la collaboration militaire étroite du début des années 2000, quand les États-Unis avaient appuyé l’offensive contre les Farc avant l’accord de paix de 2016.

Pour l’investiture, Cali a été transformée en forteresse. 11 000 militaires sont déployés et un système antidrones protège les invités. Une dizaine de chefs d’État, des représentants de la Maison Blanche avec un général américain à leur tête, et plusieurs ministres des Affaires étrangères, dont celui d’Israël, font le déplacement. Gustavo Petro a refusé d’assister à la cérémonie et son camp appelle à manifester dans les principales villes du pays. Le gouvernement sortant a d’ailleurs mis en garde contre d’éventuels actes terroristes ce jour-là.

Reste un immense défi sécuritaire. Les forces armées colombiennes manquent d’hommes et de matériel, souligne Renata Segura, d’International Crisis Group. La spécialiste craint des dégâts collatéraux si l’armée utilise son artillerie lourde contre des groupes armés profondément implantés dans les communautés. Selon un rapport fondé sur des chiffres officiels de 2025, environ 25 000 personnes appartiennent à des organisations illégales en Colombie.

Dans la rue, l’alternance suscite espoir et inquiétude. Nous avons besoin d’un changement total, lance German Angulo, entrepreneur de 63 ans à Cali. D’autres, comme Oscar Obando, travailleur du secteur informel de 67 ans, espèrent qu’une main ferme ne provoquera pas une nouvelle vague de violence. Reste à savoir si El Tigre, novice en politique, saura dompter un pays sous tension. Son arrivée au pouvoir confirme en tout cas un basculement de l’Amérique latine vers la droite.

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