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Le chavisme se déchire sur fond d’alliance avec Washington

Caracas a tourné le dos à des décennies de discours anti-impérialistes et collabore désormais avec les États-Unis. Une partie des militants historiques…

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Le chavisme se déchire sur fond d'alliance avec Washington

Caracas a tourné le dos à des décennies de discours anti-impérialistes et collabore désormais avec les États-Unis. Une partie des militants historiques crient à la trahison.

Pendant des années, Delcy Rodriguez a fustigé l’ingérence américaine. Elle dénonçait les sanctions, accusait Washington de vouloir piller les ressources du Venezuela. Aujourd’hui, cette figure du chavisme dirige le pays en étroite collaboration avec ceux qu’elle combattait. Depuis la capture de Nicolas Maduro le 3 janvier par des forces américaines, elle a ouvert le pétrole, l’électricité et les mines à des investisseurs privés, surtout venus des États-Unis.

Le rapprochement est spectaculaire. Selon le New York Times, Delcy Rodriguez échange régulièrement des messages en espagnol avec le secrétaire d’État Marco Rubio, selfies compris. Aucune décision importante ne serait prise sans consulter Washington. Donald Trump, lui, ne cache pas son influence. Il affirme que les États-Unis dirigent le Venezuela et a même évoqué l’idée d’en faire le 51e État américain. Il plaisante aussi sur sa propre popularité dans le pays.

Cette mue provoque une colère sourde chez les plus fidèles héritiers d’Hugo Chavez. « Yankees go home », « Non au pillage impérialiste », ont scandé une cinquantaine de manifestants à Caracas, près de la maison-musée de Simón Bolívar. Jaqueline Lopez, militante communiste de 45 ans, résume le sentiment. Pour elle, la politique menée par le gouvernement est « une politique de droite, une politique de braderie ». Elle affirme que Delcy Rodriguez reçoit des consignes jusque sur Twitter du gouvernement nord-américain et les applique à la lettre.

Le contraste avec l’ère Chavez est saisissant. En 2006, devant l’Assemblée générale de l’ONU, le leader vénézuélien déclarait que l’air sentait le soufre après le passage de George W. Bush, qu’il avait traité de diable. Ses alliances avec Cuba, l’Iran, la Chine et la Russie semblaient alors gravées dans le marbre. Sous la pression de Washington, Caracas a maintenant suspendu ses livraisons de pétrole à Cuba et pris ses distances avec Téhéran. Elle a aussi rétabli des relations avec les gouvernements de droite du Pérou et du Chili.

Ce virage intervient alors que s’ouvre cette semaine à Caracas un dialogue politique entre des secteurs de l’opposition et le gouvernement, placé sous la houlette américaine. Les observateurs y voient une possible transition vers des élections. Mais la grande absente est Maria Corina Machado, cheffe de l’opposition et prix Nobel de la paix, exilée depuis décembre. Du côté chaviste, le député Francisco Arias met en garde contre une négociation « simplement approuvée » par le gouvernement des États-Unis.

La contestation gronde aussi sur la gestion de la catastrophe. Le double séisme du 24 juin a fait plus de 6 000 morts. La population a dû organiser elle-même une grande partie des secours et sortir les corps des décombres. Suhey Ochoa, une étudiante de 30 ans engagée dans l’organisation féministe Pan y Rosas, ne pardonne pas ce silence. Elle assure qu’elle n’hésitera pas à « frapper » dans les urnes un gouvernement qui n’a pas répondu à l’urgence. Le politologue Luis Salamanca souligne que jamais, sous Chavez ou Maduro, on n’avait vu un proche du pouvoir dire au président qu’il faisait mal les choses. Cette fois, une partie du chavisme ose le faire. La fissure est bien là.

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