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Il avait muré ses livres pour les cacher, quinze ans plus tard il les retrouve presque tous

Mustafa Khaled Alwan avait emmuré sa bibliothèque à Homs pour la soustraire aux forces de Bachar al-Assad avant de fuir la ville et de vivre plus de dix…

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Il avait muré ses livres pour les cacher, quinze ans plus tard il les retrouve presque tous

Mustafa Khaled Alwan avait emmuré sa bibliothèque à Homs pour la soustraire aux forces de Bachar al-Assad avant de fuir la ville et de vivre plus de dix ans dans un camp de réfugiés. De retour après la chute du régime, ce septuagénaire a retrouvé plus de 90 % de sa collection intacte.

Depuis son retour à Homs, dans le centre de la Syrie, Mustafa Khaled Alwan a récupéré bien plus que les murs abîmés de sa maison. Cet homme de 72 ans, absent de sa ville pendant quinze ans, a découvert ses centaines de livres toujours en place, là où il les avait laissés. Des ouvrages censurés signés Hassan al-Banna, fondateur du courant sunnite islamiste, ou Sayyed Qotb, l’un de ses principaux théoriciens et inspirateur de la mouvance radicale, côtoient des recueils de poèmes, des livres scientifiques et des textes d’enseignement islamique. « Cette bibliothèque m’est très chère, je l’ai constituée petit à petit », raconte-t-il.

Sympathisant des Frères musulmans, il sait ce que le simple fait de posséder ces pages a pu lui coûter. La branche syrienne du mouvement figurait parmi les principaux adversaires de Hafez al-Assad, le père de Bachar, qui l’a réprimée dans le sang. En 1982, ses forces ont écrasé une insurrection à Hama, dans le centre du pays, faisant entre 10 000 et 40 000 morts selon les décomptes. Pour Mustafa Khaled Alwan, ce massacre reste « un tournant décisif pour tous les Syriens ». Il se souvient d’avoir été bouleversé, et d’avoir eu peur. Cette peur ne l’a pourtant jamais poussé à renoncer à rassembler ses livres.

Quand les manifestations contre le pouvoir ont éclaté à travers le pays en 2011, il a compris que son soutien au soulèvement pouvait mettre sa bibliothèque en danger. Homs, où les groupes opposés au gouvernement ont pris les armes pour la première fois, était alors présentée comme la « capitale de la révolution », et la répression y a été violente. Fin 2011, il a transféré ses ouvrages dans un logement qu’il venait d’acheter pour son fils, avant de devoir quitter la ville à cause du siège. « Personne ne savait que je possédais cette maison », explique-t-il. Des partisans de la révolution sont venus l’aider, et ensemble ils ont monté un mur pour dissimuler la bibliothèque.

La chute de Bachar al-Assad en décembre 2024 a ouvert la voie à son retour. À Homs, il a trouvé un domicile gravement endommagé. Pendant son absence, le quartier de Bayada, où se trouvent sa maison et celle de son fils, a été lourdement bombardé. Porté par un mélange de peur et d’espoir, il a démoli le mur et découvert que plus de 90 % de sa collection était intacte. Il l’a ensuite ramenée chez lui.

Le pays qu’il retrouve a changé de visage. Les nouvelles autorités islamistes, dont le président Ahmed al-Chareh est lui-même un ancien jihadiste, doivent tenter de réunifier une nation divisée. Depuis leur arrivée au pouvoir, beaucoup d’ouvrages longtemps interdits se vendent librement en librairie, qu’ils racontent la torture dans les prisons syriennes ou traitent de théologie islamique radicale. Homs, elle, porte encore les stigmates de plus d’une décennie de guerre. La ville a connu de fortes violences confessionnelles et plusieurs vagues d’attaques contre la communauté alaouite depuis la chute d’Assad. Pour Mustafa Khaled Alwan, ne plus être menacé pour ses opinions suffit déjà. « Le plus beau moment de ma vie a été de découvrir que la bibliothèque était en excellent état », confie-t-il. Et il formule un souhait, que le nouveau gouvernement soit à la hauteur des sacrifices consentis en Syrie.

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