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La bataille de Justin Pearson contre une carte électorale qui étouffe le vote noir à Memphis

Le démocrate de 31 ans a vu sa circonscription redessinée par les républicains jusqu’à inclure le berceau du Ku Klux Klan. Il mène pourtant campagne pour…

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La bataille de Justin Pearson contre une carte électorale qui étouffe le vote noir à Memphis

Le démocrate de 31 ans a vu sa circonscription redessinée par les républicains jusqu’à inclure le berceau du Ku Klux Klan. Il mène pourtant campagne pour protéger le droit de vote des Afro-Américains.

Au moment de se lancer dans la course à la Chambre des représentants, Justin Pearson pensait probablement défendre son quartier de Memphis. La réalité est tout autre. La neuvième circonscription du Tennessee, où il se présente, a été redessinée par les républicains pour s’étendre sur plus de 300 kilomètres à travers l’État. Memphis, bastion démocrate dans une région très conservatrice, se retrouve coupée en trois morceaux. L’électorat noir, historiquement ancré à gauche, voit son poids politique se dissoudre dans des territoires ruraux.

Cette pratique s’appelle le gerrymandering. Un redécoupage des frontières électorales conçu pour servir les intérêts du parti au pouvoir. Les républicains du Tennessee l’ont utilisé à leur avantage, mais ils ne sont pas les seuls. En avril, la Cour suprême a affaibli une loi historique, le Voting Rights Act, qui protégeait la représentation des minorités raciales. Depuis cette décision, des États comme la Louisiane ou l’Alabama ont également revu leurs cartes pour favoriser leur camp.

Justin Pearson, jeune élu noir de 31 ans, a d’abord été saisi par le doute. Abandonner ou continuer le combat. Il a choisi la seconde option, pour protéger le droit de vote de ses concitoyens. Originaire de Westwood, un quartier noir du sud-ouest de Memphis, il est passé d’une circonscription couvrant un comté et demi à une autre englobant quinze comtés. Il doit désormais aller à la rencontre d’agriculteurs de Savannah, mais aussi d’habitants du comté de Giles, là où le Ku Klux Klan, organisation suprémaciste blanche, a vu le jour à la fin des années 1860. Le candidat raconte que cette campagne l’a obligé à voyager bien davantage et à croiser des gens qu’il n’aurait jamais rencontrés autrement.

Côté républicain, on assume le calcul. Steve Hickey, président du Parti républicain du comté de Williamson, rappelle que le redécoupage électoral est une pratique courante dans tous les États. Selon lui, c’est simplement de la politique. Le parti au pouvoir peut choisir les règles du jeu. Il évoque d’ailleurs les démocrates, qui avaient procédé à un redécoupage favorable en 2002, lorsque eux-mêmes contrôlaient l’assemblée législative du Tennessee. Pour lui, les nouvelles circonscriptions sont aussi un mélange de cultures, entre urbains de Nashville et de Memphis, banlieues aisées et zones rurales. Il ne cache pas sa satisfaction, car les républicains espèrent gagner un siège supplémentaire au Congrès.

Reste un immense défi pour les démocrates. Des associations de sensibilisation au vote estiment qu’il faudrait un taux de participation de 75% à Memphis en novembre pour espérer envoyer un député de gauche à Washington. Lors des législatives de 2022, la participation dans le comté de Shelby, qui comprend Memphis, avait atteint à peine 34%. L’objectif semble lointain. Mais Justin Pearson assure que le combat continue, pour que les voix noires ne soient pas étouffées.

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